PREMIERE PARTIE. —CHAPITRE VII
plaise, est bien un coffre tout entier; où diable voulezvous le nicher?
Maurepah-e. — Madame, votre coffre ou coffret ne peut entrer nulle part. Mais ne pouvez-vous pas vous en passer? Qu'est-ce qu'il y a dedans?
Madame de Jully. — Mais je n'en sais rien. Mes femmes me l'ont recommandé; je n'en sais pas davantage. Il n'y a qu'à l'ouvrir. Tenez, voilà la clef.
Maurepaire. — Comment diable 1 ce ne sont que vos diamants, vos bijoux, votre bourse, trois bonnets de nuit et trois chemises. »
Cet inventaire fit faire de grands éclats de rire.
Madame de Jully. — « Eh bien! que ferons-nous de tout cela?... Tenez, tenez, mettons chacun dans nos poches ; les chemises dans mon sac à ouvrage, et laissons là le coffre.
Gauffecourt. — Voilà madame de Versel.
Moi, en serrant le bras de Francueil. — Adieu doHc! Je me
meurs.
Francueil. — Qu'avez-vous? Quelle déraison! paix donc!
Moi. — Si cette femme pouvoit savoir ce qu'elle me fait souffrir, elle seroit moins cruelle que vous. »
Je n'entendis point ses excuses. Madame de Versel étoit sans rouge, mal peignée, et, en vérité, assez laide. On partit, et, malgré la promesse de madame de Jully, Francueil s'établit devant madame de Versel. Gauffecourt me traîna chez moi. J'ai été deux jours sans savoir ou j'étois; j'ai feint d'être malade de la fatigue de la nuit blanche pour rester seule entre mes quatre rideaux. Je n'ai vu que Gauffecourt, Jelyotte et Dudos. Je suis venue liior ici, seule heureusement. Je désirois d'y être pour revoir
à mon aise tous les lieux où Francueil se plnisoit tant autrefois. Hélas! je ne suis pas souvent où mon corps est; je suis où ma peusée m'emporte, et c'est toujours où est ce que j'aime.
SUITE DU JOURNAL
lîier, après souper, je disois à M. d'Epinay : « Si vos affaires vous l'eussent permis, je vous aurois proposé de faire aussi un petit voyage chez madame la comtesse d'Houdetot; je n'ai jamais vu la mer^ — Cela vous ferat-il plaisir? me dit-il. Il n'y a rien de si aisé; nous pouvons y aller en poste tous deux dans mon vis-à-vis. » Cette manière d'aller tête à tète me déplut, et je feignis de trouver ce voyage trop dispendieux et trop difficile. Gauffecourt insista; ma mère trouva aussi ce voyage trèsconvenable. M. d'E})inay engagea Gauffecourt à venir avec nous : alors j'acceptai de tout mon cœur. Nous partons après-demain. Nous arriverons chez ma belle-sœur sans avoir prévenu personne. Gauffecourt m'assure que je serai bien reçue. Si j'en étois sûre! Mais s'il faut que je sois de trop! Je m'en apercevrai bien vite. Nous ne serons en tout que neuf jours. Je pars dans une heure pour Paris, j'y passerai la journée de demain; je manderai Duclos et Jelyolte : j'ai des affaires, de la crainte, de l'espérance plus que je n'en puis porter. Vraisemblablement je ne vous écrirai qu'à mon retour.
• La terre de la Mailleraye n'est pas précisément sur la mer.