‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 200 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII

reusement on n^en trouve point.. . — Eh bien ! ma reine, si vous voulez que je vous parle vrai, je le voudrois au>si, car je suis ennuyée de voir M. de Vorsel avoir des maîtresses; et de passer ma vie seule. — Voilà parler franchement; cela est à merveille; mais il s'agit du choix. Aimez- vous quelqu'un? — Ilélas! oui, dit-elle en soupirant. — Et qui? Eh bien? vous ne répondez pas? — Ah! je ne peux pas vous le dire, madame d'Épinay; ne me le demandez pas. — Et pourquoi? Vous ne pouvez pas me le dire? Mais cela est bien singulier. — C'est que... je crains, j'ai peur de n'être pas aimée, et j'ai tout autant de peur de l'être. — Ah! sûrement vous l'êtes ! m'écriai-je. — Comment! reprit-elle tout étonnée, est-ce que vous savez quel est?... Ne me le dites pas, ne me le dites pas. Vous ne m'es-timez peut-être plus, continua-t-elle en mettant les mains sur ses yeux. Parlons d'autre chose. — Je ne vous comprends pas, lui dis-je, croyant la trop entendre; seroit-il possible?... » Elle me ferma la bouche de sa main : « Paix I » me ditelle.

Nous gardâmes quelque temps le silence. Je ne savois que penser de sa conduite avec moi, et quelle interprétation juste je pouvois donner à ses paroles. Je vnulois m'éolaircir. « Eh bien! lui dis-je, ne me dites mot, et laissez moi deviner. Nommez-moi seulement tous ceu.x qui sont amoureux de vous, car vous avez sûrement une cour nombreuse. — Non pas trop, dit-elle; il n'y en a que deux ou trois au plus, le petit de Berville et le marquis de S***. — Oui, lui dis-je, voilà ceux qui ne b- sont guère; mais ceux qui le sont beaucoup? » Elle se mit à rire, et ne me répondit point. « Et M. de Maurc|iaire? luidis-ic. — Bon! vous vous moquez. Madame de Juily

lui tourne la tête, et je crois, entre nous, qu'elle le joue. — Laissons les absents en paix, lui Jis-je; souvent sur ce fait les apparences sont trompeuses, et l'on ne doit pas se permettre légèrement un jugement désavantageux. Revenons à vous. Ah çà! je suis convaincue, par exemple, que M. de Francueil est amoureux devons, et qu'il n'est pas du nombre de ceux qui le sont foiblement. — Bah! Et sur quoi croyez-vous cela? — Mais sur tout ce qui peut désigner une passion forte. 11 en a les symptômes lorsqu'il est près de vous. »

Je tremblois en attendant sa réponse...

« Je vous dirai que je l'ai cru quelquefois, me dit-elle d'un air assez embarrassé ; mais il a des bizarreries inexplicables. Il est d'un froid dans de certains moments, et puis des brusqueries, des impolitesses même, et puis un air si tendre! C'est un homme si capricieux! Je vous en prie, ma reine, oubliez que je vous en ai parlé. Ce ne sont d'ailleurs que des suppositions. Au moins il ne pense peut-être pas du tout à moi. — Ah! repris-je, je vous réponds qu'il y pense. Vous en êtes plus sûre que vous ne le dites , et je vous promets qu'il vous en a souvent parlé. — Cela est bien plaisant, me répondit madame de Yersel tout étonnée du ton ferme que jevenois de prendre. Qui vous a donc si bien instruite? — Enfin cela est-il vrai ou non? Vous vous taisez. En ce cas vous m'en avez trop dit, — Mais, s'il étoit vrai?.. — Que craignez -vous? Achevez. — Vous m'arrachez mes secrets, me dit-elle en se jetant à mon cou. Il est impossible que je me délie de vous. Que vous êtes séduisante I On me l'avoit bien dit. »

Je ne doutai point que mon malheur ne fût au comble, et je me promis de le taire à madame de Verse],

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