PREMIEHE PARTIE. — CHAPITRE VII
jours plus sérieux qu'auparavant; mais cette impression ne durcit pas. Je vois à présent que vous en étiez l'oitjet. Enfin votre arrivée fut l'époque de ses caprices avec moi. Je m'en plaignis, non que je pensasse à vous les attribuer, mais je crus fermement que c'étoit une ali'aire de caractère. lime dit qu'il voyoit bien qu'il ne pouvoit me plaire; qu'il n'étoit pas plus avancé que le premier jour, et il me pressa de lui dire nettement ce qu'il devoit espérer. « Rien, » lui dis-je assez sèchement, tant sa conduite me parut bizarre et ridicule. 11 fut deux jours sans avoir Fair de prendre garde à moi ; mais je remarquois trèsbien qu'il n'étoit pas Caché que sa tristesse ne m'échappât pas. Il ne redevint aimable que le dernier jour de notre retour ; mais ses caprices et ses inconséquences n'ont pas cessé depuis. Tantôt il jure qu'il m'adore, qu il mourra si je refuse de l'écouter; d'autres fois il dit qu'il ne m'aime plus. Je conçois à présent le motif de tant de bizarreries; et je crois cependant que c'est tout de bon, cette fois, qu'il renonce à moi, car il m'a mandé qu'il alloit me fuir avec autant de soin qu'il me recherclu/iï.
— Il est certain, lui dis-je, qu'il n'y a pas d'autre moyen pour vous oublier. Il faut que vous l'encouragiez à suivre ce plan, et que vous le secondiez pour que les ai rjuigements de la société n'en viennent pas déranger l'i xécution. — N'en doutez pas, ma clière amie; mais \ous, qu'allez-vous faire? — Je l'ignore encore. Il faut que j'y réfléchisse. — Savez-vous ce qui arrivera de tout ceci? C'est que vous ne m'aimerez plus, et que Francueil me haïra, parce que vous vous brouillerez peut-être avec lui.
— Moi, me brouiller avec Francueil! Non, non jaiiuiis; tc'la est unpossible. Et pourquoi ne vous aiuierois-jc plus? Au contraire, ma chère amie, lui dis--e eu l'enibra.- i' il,
362 MÉMOIRES DE MADAME D'Él'LNAY.
je vous jure que vous m'êtes bien plus chère que vous ne me l'étiez : est-ce à cause de votre franchise? Est-ce ii cause que Francueil vous aime? Je n'en sais rien; mais le l'ait est que je me sens bien plus d'intérêt et même de tendresse pour vous que je n'en ressentois avant notre explication... Mais, séparons-nous. J'ai besoin de repos, peut-être d'être seule, et de mettre de l'ordre dans mes sentiments. Je ne sais où je suis ; si je rêve, si je veille. . . J'abuse aussi de votre complaisance. — Moi? dit madame de Versel, point du tout. Je passerois fort bien la nuit, si vous vouliez; mais je comprends que vous pouvez avoir besoin de repos. Adieu, ma chère amie. A demain j nous nous retrouverons, i»