CHAPITRE VIÎI
Madame d'Épinay se retourne vers sa mère. — Madame d'Esclavelles et l'abbé Martin. — Projets de dévotion. — Sages conseils. — Réveil de la passion. — Mademoiselle Quinault quille Paris. — Le dernier dîner de la société du Boutdu-banc. — Dialogue sur le culte, la religion, l'alhéiïme. — Sortie de Jr-an- Jacques. — Un chansonnier. — Un auteur comique. — M. et madame de La Popelinière. — Tète-à-tête philosophique de madame d'F.pinay et de J. J. Rousseau. — H lui fait son portrait devant elle. — Parabole remarquable de Jean- Jacques. — Progrès de Grimm. — Diderot. — Les sœurs de madame de Jully. — Le chevalier de V*'*. — Madame de Jully rompt avec Jelyotle. — Un romtu de madame d'Epinay attribué à DideroU
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îl est donc vrai que je n'ai plus rien à aimer dans le monde ; amants, amis, tout m'abandonne. Je n'entends pas même parler de madame de Jully : elle me sait cependant dans la peine. Ma more, ma bonne mère, est la seule de qui je reçoive des consolations.
Alarmée du prodigieux changement qu'elle voyoit en moi, et dont elle ignoroit la cause, elle est montée hier chez moi. « Mon cnl'ant, m'a-l-elle dit, il n'y a rien dans le monde à quoi il n'y ait du remède; il ne faut ijue de la confiance et du courage, pour se mettre au-dessus de tout. Parlez-moi, ouvrez votre cœur à votre mère. Vous avez perdu pcut-èirc nu ami; vous en avez trois aulour (le vous, qui von* tendent les bras, vos enfants et moi. Ils ne vous tromperont pas, ceux-ci ; livrez-vous ù
toutes les consolations que nous vous offrons; il ne faut qu'avoir vécu pour savoir combien les hommes sont injustes, ingrats, et comptent pour peu la peine des autres, quand leurs intérêts la causent. Est-ce de votre mari, de mademoiselle d'Ette? est-ce de madame de Jully, de M. de Francueil, que vous avez à vous plaindre? — C'est de tout le monde, lui dis-je, maman. Mon cœur est ulcéré de voir qu'on n'a d'amis qu'autant que la gaieté, les plaisirs appellent. Je ne vois que trop que mon cœur n'est pas fait pour s'attacher à des amis si frivoles. 11 cherche un bien plus pur, plus solide. Je crois que Dieu a dessillé mes yeux, et qu'il m'appelle à lui. Vous m'avez souvent parlé du vide des consolations que je cherchois; je ne vous croyois pas alors. — Ma fille, me dit ma mère, le dégoût que vous éprouvez aujourd'hui est le moindre malheur qui pût vous arriver. J'aurois voulu vous amener plus tôt à reconnoître le peu de cas qu'on doit faire des hommes. Il n'y a de parfait bonheur qu'avec un véritable amour de Dieu, et de repos que dans une vie pieuse et retirée. Voyez M. l'abbé Martin; confiez-lui le trouble de votre âme. Vous trouverez, j'en suis certaine, une grande consolation dans ses paroles. — Maman, lui ai-je dit, ordonnez à votre fille tout ce que vous jugerez à propos, elle est prête à obéir. »
Elle éciivit à l'abbé Martin, qui est son directeur, de venir diner avec nous. 11 vint dès le lendemain ; et lorsqueje descendis chez ma mère il y étoit déjà.
J'espérois qu'elle l'auroit un peu prévenu ; mais j'ai lieu de croire qu'elle ne l'avoit pas fait. Lorsque j'entrai, elle lui dit que je désirois qu'il voulût bien diriger ma conduite, étant résolue de penser sérieusement à mon salut. « C'est, répondit-il, le vœu de toute bonne chré-