‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 209 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE VIII. 57i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE VIII. 57i

Ils faisoient toutes les après-dînées de longues prome-nades, et on ne les voyoit qu'au moment du souper. Quelque convenable que fût à la disposition de mon àme cette conduite de Francueil, je n'ai pu encore m'habituer à l'idée de le voir amsi me fuir.

Il est inconcevable que M. d'Epinay, sans respect pour moi, pour sa famille, pour lui-même enfin, ait acheté dans le village' une petite maison où il a fait mille dépenses folles, et installé, sous des noms supposés, deux filles de la comédie, qu'il a eu la hardiesse de présenter au curé comme des femmes très-honnétcs.

Duclos vient de m'écrire pour m'annoncer de la part de mademoiselle Quinault qu'elle est décidée à quitter Paris. Elle part à la fin de la semaine pour aller vivre à Saint-Germain ; elle y a acheté une maison avec deux arpents de terre ; elle prétend s'y retirer, v vivre à moindres frais et y être heureuse ; je le souhaite. Mais il me semblo qu'une personne accoutumée à la vie qu'elle a menée se trouvera bien isolée à Saint-Germain. Duclos répond à cela : « Pourquoi? Il y a des figues excellentes, je les aime beaucoup, j'irai souvent. » Et moi je parierois qu'elle ne quitte Paris que pour fuir Tcmpire qu'il a pris sur elle, et auquel elle n'a pas le courage de se soustraire. Quoi qu'il en soit, elle donne après-demain,

conlidences ne furent pas sans empêcher toujours Rousseau d'être tout à fait aimable et intime avec elle : il redoutait si fort tout ce qui n'était pas la santé la plus pure.

* A Èpinay, et non à Deuil, qui avait la Chevrette sur son territoire. Nous n'avons pas trouvé, avons-nous dit, quelles danseuses poilvaiont être mademoiselle \\o<^e et sa sœur; mais, ce nom de Rose n'étant peutêtre pas le vrai, il faudrait chercher dans les almanachs les noms de deux sœurs. On trouve alors à la Comédie-Italienne, mais en 175U seulement, Caiiiion et Suzetto FouLjuicr.

lundi, un dîner d'adieu auquel je suis priée et où j'irai sûrement.

J'arrive de chez mademoiselle Quinault; c'est une chose plaisante que l'assortiment des gens qu'elle avoit rassemblés. Je crois qu'ils s'étoient tous donne le mot aujourd'hui pour être alternativement sublimes et ridicules. Ce dîner étoit un dîner d'adieu. En général, tous ceux qui ont été une fois admis à dîner chez elle ont le droit d'y revenir sans autre invitation ; de sorte que nous courions le risque de nous trouver quinze ou vingt, quoique la fondation ne soit que pour huit personnes. Duclos y dorme le ton, parce qu'il y a peu de poumons qui soient en état de le disputer aux siens. Chacun a son sobriquet; et il est ordinairement donné par un esprit de critique ou de prétention, et non par le sentiment ni par la gaieté. Duclos a celui de tendre Arhassan: tout le monde rit lorsqu'on l'appelle ainsi. Comme je ne conçois rien à cette plaisanterie, que j'avois entendu répéter toujours avec succès chaque fois que j'étois venue chez mademoiselle Quinault, j'en ai demandé l'explication, et j'ai été trcsélonnée de voir que personne n'en étoit plus instruit que moi, et que le hasard avoit dicté ce mot dont on rioit depuis deux ans sur la parole de la maîtresse de la maison. Mon embarras et l'envie que je martjuois de pénétrer le fond de cette plaisanterie lui parurent fort comiques ; on me plaisanta sur la constance que j'avois eue d'attendre si longtemps à demander cet éclaircissement. « Il faut l'appeler Grisehdis, » s'écria mademoiselle Quinault en faisant de grands bras et de grands rires. Tout le monde applaudit. Le tendre Arbassan prit un air plus grave, et,

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