‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 215 sur 260 · PREMIEUF PARTIE. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

PREMIEUF PARTIE. — CHAPITRE VIII

au bonheur; et je veux que vous soyez heureuse. » On vint nous interrompre; mais je me propose de le reprendre sur ce sujet à la campagne, et de le faire expliquer nettement, s'il le peut, car il me semble qu'il est tombé en quelques contradictions : ou, peutêtre, n'est-il pas si éloigné qu'il le dit de la croyance du marquis'.

Duclos, Rousseau, le prince et le marquis s'en allèrent; mademoiselle Quinault proposa alors la lecture de la pièce. Il n'y avoit plus que l'abbé, le colporteur de Voltaire, le vieux officier, l'auteur et moi. « Ah çà! ditelle, nous sommes entre nous ; lisons. L'auteur fut un peu fâché de n'avoir pour auditoire que ceux qu'il ne connoissoit point, et dont l'avis lui étoit très-indifférent; tandis qu'il désiroit précisément le suffrage de ceux qui venoient de se retirer. Il s'en expliqua à mi-voix avec mademoiselle Quinault, qui, n'ayant vraisemblablement aucune bonne raison à donner de cette bizarrerie, se fâcha et lui dit : « Voilà comme vous êtes, vous ne cessez de me répéter le secret! le secret! Sais-je ou non qui il vous plaît d'excepter? Allons, lisez, lisez toujours, nous retrouverons bien les autres, et je vous réj)onds de ceuxci. » Cette lecture se passa à peu près comme je l'avois prévu; on s'efforçoit de nous dicter notre jugement. Je me suis fort impoliment obstinée au silence à tous les endroits foibles de cette pièce, mais je marquois sans enthousiasme ceux qui me plaisoicnt. L'abbé lioit à commandement ; et comme il avoit copieusement diné.

Il est fort possible que cette réflexion de inadaiiic d'Épin:iy ne soit pas non plus déposée dans son journal à la date exacte de lc dîner d'adieu. C'est plus tard qu'elle aura jugé ainsi l'incertitude de Ji'an-J;ii(|ues. (|uaMd Diderot, chez elle, écrira de lui à mademoiselle Volaiid. « Il llollc de l'atUéisnie au baptême des cloches. »

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tout en riant il s'endormit. En tout, la pièce m'a amusée. Voilà une journée qui me fera rêver longtemps *.

SLITE DU JOURNAL.

J'ai passé la soirée d'avant-hier chez madame de La Poplinière, dont j'avois fait la connoissancc chez le pèic. de Francueil. Nous étions peu de monde, Francueil, Rousseau, un étranger ami de celui-ci, nommé Grimm, et dont je lui avois souvent ouï parler, enfin Desmaliis, jeune homme de lettres, auteur d'une petite comédie qui a le plus grand succès^. Il loge chez madame de La

* 11 n'y a pns trop de quoi; car ce dernier dialogue de la société du î5out-du-B;inc ne vaut pas le premier.

2 îN'iiyant pas vu le manuscrit de cette partie des Mémoires de madame d'Epinay, nous ne savons sur quelle indication les premiers éditeurs ont trouvé le nom de madame de La Pop-linière. Quoi qu'il en soit, il y est, -et il n'est pas nécessaire de l'ôier. Cependant U est certain que depuis la fin de l'année 1748 M. et madame de La Popelinière ne vivaient plus ensemble, et madame de La Popelinière, retirée rue Ventadour et subsistant de quelques pensions, n'avait point de terres à elle.

Son histoire est connue, mais on peut en rappeler ici le souvenir, car il s'agit d'une des sociétés brillantes du temps où la comédie, la (in;ince et la littérature régnaient ensemble, non sans quelque scandale |iarfois. Le cœur du dix-huitième siècle est là, comme le cœur du dix-scplième est chez madame de Sévigné, chez madame de La Fayette, chez le duc de La Rochefoucauld, dans la maison de Bossuet sur la place des Victoires et à Aiiteuil dans le jardin de Molière. Madame d'Epinay, madame Dupin, madame de la Popelinière, madame de Pompadour, vodà les reines qu'avant l'abjection de la Du Barry, rechercha, vanta., célébra la ville ou la cour.

Comme madame Dupin et madame Darti, madame de La Popelinière était fille d'une fille de Dancourt. Sa mère, Mimi Deshayes, n'était pas une actrice sans talent, et elle-même était destinée au théâtre quand M. de La f'opelinière ou plutôt de La Poupelinière (Alexandre-Jcan-Joseph Le Riche), fils d'un receveur général des finances dont la veuve était devenue jnaré( haie de Tourville, ia vit, prit goiil pour elle et en fit sa maîtresse. I' était né à Paris en 1092 et était devenu termier "énéral en 1718. Jamaii

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