‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 223 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII

comte de Frièse qui vient, comme vous savez, d'être fait maréchal de camp. M. Grimm compte sur son travail pour se faire un sort à l'avenir. Il est, dit-on, sans ambition.

Rousseau et lui me paroissent avoir la plus grande vénération pour M. Diderot. Ils en parlent avec une admiration qui m'a donné envie de le connoitre. Je l'ai ouï citer quelquefois comme un homme de génie; on le met souvent à côté de Voltaire. Ces messieurs prétendent qu'il est infiniment plus profond ; mais c'e^t surtout de son caractère qu'ils sont enthousiastes. M. Grimm dit que c'est l'homme moral le plus parfait qu'il connoisse. Je crois qu'ils ne m'en ont tant fait l'éloge que pour me donner encore plus de regret de ne pouvoir le voir, car ils prétendent que c'est un ours bien autrement diificile à prendre (pie Rousseau*. Ils me prêteront ses ouvrages, et je pourrai au moins juger de son esprit.

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Trois jours de distance.

J'ai vu avant-hier madame de Jully, qui soupoit chez elle avec ses sœurs *, Jelyotte et le chevalier de

* En 1752, Diderot était loin d'aimer madame d'Epin;iy. « Je voulus le mener souper lIhz elle, dit Jcan-Jacqucs ; il ne le voulut point, et quelque effort que le désir d'unir tous ceux que j'ainic m'ait fait faire en divers temps pour l'engager à la voir, jusqu'à la mener à sa porte qu'il nous tint fcrtnée, il s'en est toujours défendu, ne p:\rl;int d'elle qu'en termes fort méprisants. » [Confesiions. partie ii, livre VIII.)

* Madame de La Corée et madame Dubois de Courval, à qui, dans le roman, nous lai>sons le nom de madame de Versel. On a vu dans une des notes précédentes, comment nous nous sommes assuré que madame de Versel était en elfet une sœur de madame de Juily, ci si, dans

40ci MEMOIRES DE MADAME D'EPINAY.

V*** ^ Après le souper, elle me dit de laisser partir lout le monde, parce qu'elle avoit à me parler ; et lorsque nous lûmes seules elle débuta ainsi :

« Je t'ai négligée depuis quelque temps, ma sœur, je t'en demanderois pardon si jen'avois un service à exiger de toi; mais ce n'est pas là le temps que je prends pour excuser mes torts avec les gens que j'estime. — En ce cas, ma sœur, laissez-moi donc me plaindre avant de vous avoir obligée, car vous voyez bien que je ne le pourrai plus. Votre oubli m'a paru très- dur. — Tu as raison, je te l'ai dit, j'ai tort; n'en parlons plus et écoute-moi. — Que voulez-vous de moi? — Que tu me débarrasses de Jelyotte. — Comment? — Je ne l'aime plus. — Je vous avois bien prédit que cette liaison ne pouvoit pas durer. — Oh ! tes prédictions n'avoient pas le sens commun, car c'est sa faute et non la mienne! — Cela ne se peut pas, et sûrement... — Non, en vérité, je n'ai point de torts ; est-ce ma faute s'il ne me fait pas jouir de moi? — Comment? — Sans doute ! il est si accoutumé à me trouver aimable et jolie, qu'il ne prend plus seulement la peine de me le dire : vous conviendrez, j'espère, que ce n'est pas la peine d'avoir un amant. — Je devrois être faite à votre ton, ma sœur, mais il m'est pourtant toujours nouveau. Quelque plaisir qu'on ait à s'entendre louer par quelqu'un qu'on aime, il suffît que toutes ses actions nous prouvent qu'il nous préfère. — Vous n'y entendez rien, ma sœur; on ne peut s'empè-

une noe antérieure (page 294), nous avons dit que nous n'osions pas clianger le nom de guerre pour un nom véritable, c'est fju'il nous manquait la certitude que, pendant l'impression de ces feuilles, nuus avons fini par trouver.

* Vi\ bablenienl le chevalier de Vcrscnncs.

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