CHAPITRE IX
Résumé de trois années. — Mort de iTi::dame de Maupeou. — La porte ferm^ tt Jeljottc, à Maure paire, à madame de Versel — Miidame deJully se range. M. de Jully se di^s pe. — M. d'Épinay et les deux Rose. — Duclos va chez elles. — Franeueil aus-îi, et pour son compte. — .\vertie par Duclos, madame d'Epinay est prise li'une fièvre chaude. — Gu'rie, elle a une explication avec Franeueil qui s'excuse et reste ami. — Giimm revenu (l'.Ulemagne. — Le baron d'Holbach. — Vie de madame il'Iloudelot. — Elle s'est liée avec Saint- Lambert. — Le chevalier de V'** en rniïsion. — Douleur de madame de Jully. — Commencement d'un petit traité de morale. — Portrait flatté de M. Grimra. Evénements tenus sous silence.
Pendant environ trois ans que dura une absence que je fus obligé de faire, madame d'Epinay avoit interrompu son journal ; elle ne m'écrivoit plus que des lettres d'amitié, que je conserve, mais qui sont inutiles à l'histoire de sa vie. Cependant, l'ayant persécutée, à mon retour, pour me faire au moins un récit abrégé de ce qui lui étoit arrivé pendant ces trois ans, elle céda à mes instances, et m'envoya le narré suivant, que je joins aux autres parties de son journal.
FR.VGMEMTS
Le désir que vous avez d'avoir par écrit l'espace do ces trois ans est une marque d'intérêt bien cher à mon cœur; mais, qu'est-ce que vous y verrez? toujours la
même chose : une suite de malheurs assez uniformes, (les inconséquences, des injustices, un dégoût de la vie, et néanmoins un désir d'être heureuse, qu'on trahie, je crois, toute sa vie après soi, sans être jamais satisfait.
Le premier événement que j'ai à me rappeler me fait encore verser des larmes, c'est la mort de ma pauvre cousine*.
Je fus très-longtemps, comme vous savez, à me remettre du mal que ce chagrin, venu à la suite de tant d'autres, avoit fait à ma santé : je sortis peu tout l'hiver. Ma mère, qui se portoit assez bien, venoit me voir souvent; elle et mes enfants n'ont pas peu contribué à me dédommager de mes peines. J'avois un dîner et deux soupers par semaine. Ma mauvaise santé me servit de prétexte pour expulser toutes les connoissances que je ne voulois pas conserver. LesMaurepaire, les Jelyottc, et même la petite de Yersel, ne se furent pas cassé le nez trois fois à ma porte, qu'ils se le tinrent pour dit. Le fond de ma société, et ceux qui se rassembloient le plus souvent chez moi, étoient madame de La Poplinière et son mari*. M. Desmahis, Gauffecourt, Rousseau et Duclos, madame de Jully, le chevaher de V***, le chevalier de Valory, et très-rarement mademoiselle d'Ette. Francueil sembloit partager son temps entre mon mari et moi.
Madame de Jully me fut aussi d'une grande ressource;
• Madame de Maupeou, morle le '2i avril 17o'2.
• Cela nest pas passible. M. de La Popeliniire était conven^ible pour sa femme, en tant qu'il était question de sa pension, mais sitôt qu'il entendait pnrler d'elle autrement, il s'enfuyait comme s'il eût eu le feu aux jambes.