PREMIÈRE PARTIE.- CHAPITRE IX
moment où j'allois parler. Je me dis : « Cependant si ce que m'a appris Duclos est vrai, si tout le monde est instruit de ce plat et indécent arrangement, j'aurai l'air d'être la seule à l'ignorer; je passerai pour dupe, et il semblera que j'aie besoin du secours de mes amis pour obtenir un sacrifice que je serois dans le cas d'exiger de tout homme qui prétend à mon estime : si, par hasard, il prenoit mal mes représentations, quelle humiliation! une rupture éclatante seroit alors indispensable : je veux me taire et attendre le premier moment de liberté pour m'expliquer sans me compromettre.» Je m'en tins à cette résolution, et je fis en sorte de hâter l'occasion où je pourrois voir Francueil seul.
Enfin ce moment arriva ; nous eûmes une explication très-vive, et je mis peut-être autant d'aigreur que de force dans les reproches que je lui fis. J'en mis d'autant plus que je m'étois bien promis de ne lui parler que de l'indécence de cette liaison, sans avoir l'air de soupçonner que son cœur y fût pour rien. 11 se défendit si mal avec tant d'emportement et si peu de raisons honnêtes; il me parut si déterminé à continuer la même vie; je vis tant de fausseté dans sa conduite, que j'oubliai toutes mes résolutions, et je lui fis les reproches les plus amers sur son infidélité, et, ne le jugeant plus digne de ma tendresse ni de mon estime, après avoir exhalé ma colère, je me sentis tout à coup si parfaitement détachée de ^vii, au moins je le crus, que je lui dis avec le plus Y' and sang - froid : u Tout est fini entre nous, monsicii' , la conduite que vous tiendrez à l'avenir décidera ^ vot pouvez revenir au nombre de mes amis, ou si s 'i "esterez à mes yeux couvert du mépris que celle (« vous tenez depuis six mois vous
attire. » Il sortit furieux, comme vous pouvez bien le croire '.
Ma santé n'étoit pas assez remise pour soutenir impunément une pareille scène ; j'en fus deux ou trois jours très-malade, Gauffecourt, que l'on avoit sans doute instruit, et qui apprit dans la maison que Francueil y étoi venu, se douta de la véritable cause de mes maux ; il m'en parla, et je lui contai tout. Comme il trouva dans mon cœur plus d'aflliction que de dédain, il me dit que je ferois bien de garder la résolution, ferme ou non, que j'avois prise de m'en tenir à l'amitié; mais qu'il falloit la conserver à Francueil et le revoir comme ami, si sa conduite étoit à l'avenir telle qu'on avoit lieu de l'altendre d'un homme qui étoit aussi foncièrement honnête. Il me promit de le voir; il le vit en effet. J'ignore ce qui s'est passé entre eux ; ils ne me l'ont jamais dit : mais trois jours après Francueil m'écrivit qu'il renonçoit à fréquenter une maison qui étoit aussi suspecte à moi et à mes amis. H revint et je le reçus.
Ne me demandez pas s'il m'a tenu exactement parole; je le suppose, mais je ne m'en suis point informée. Depuis ce temps nous sommes restés sur le ton de la confiance et de l'amitié. Comme il vient assez régulièrement chez moi, je ne lui soupçonne pas d'autres liaisons intimes. Au reste, il pourroit en avoir sans que j'en- s. le droit ni même le désir de m'en plaindre; autant \n peut répondre de son cœur, je le crois. Je revis li^i.'os avant mon explication avec Francueil. II voulut mn'aire des excuses de tout le mal que son indiscrétion m'avoit causé ; mais je lui imposai silence, et je le pria* de se dis-
• CeUe scène doit êire de la fin de l'élé de i/5i