‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 231 sur 260 · PREMIERE PARTIE.- CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE.- CHAPITRE IX

penser, à l'avenir, de [me donner de semblables avis, vrais ou faux.

Quelque temps après, M. d'Epinay me dit un soir, en présence de madame de Jully : « On ne sait ce que devient Francueil, on ne le voit plus chez Rose ; c'étoit Duclos qui l'y avoit établi : ne pourriez-vous pas me dire qui l'en a éloigné? — L'honnêteté, mons;o;ir, lui répondit madame de Jully, et ce qu'il nous doit à tous. » Cette réponse lui ferma la bouche ; mais cinq minutes après il reprit : « Il n'y a rien à dire à cela, mesdames, il faut que cela soit ; vous en êtes si bons juges ! » Et il sortit en éclatant de rire.

Pendant ma convalescence, le chevalier de Yalory vint me voir souvent, et mademoiselle d'Ette deux ou trois fois. Le chevalier me dit un soir qu'il étoit désolé d'avoir souffert que mademoiselle d'Ette vînt loger chez lui. Chaque jour, disoit-il, étoit marqué par des scènes et des violences plus indécentes et plus msoutenablcs les unes que les autres; et c'étoit chaque soir quelque motif de jalousie et d'intérêt qui les occasionnoit. J'avois prévu tout cela, et je l'avois même dit au chevalier ; mais le mal est sans remède. Je les ai raccommodés dix fois depuis trois ans, et ensuite, ayant su qu'elle le pilloit et lo laissoit manquer de tout, je lui ai conseillé de mettre plus de fermeté dans sa conduite avec elle, ou de rompre plus tôt que plus tard. Il n'a fait ni l'un ni l'autre, et ils sont encore sur le même ton \

• Mjilemoiselle d'EUe est Irop sacrifiée au clievalicr dn V.ilory. C'est lui le plus coupable des deux, et une partie de l'esprit d'intrigue de sa maitresse vient lie la situation uiêine où il 1 a mise. Il parait que niademoi» telle d'Ette avait été belle ronime un an^e.

Diderot, qui ne l'a connue qu'en 1700, à la Griwidval, chez la belle-mère du baron d'Ilolbacli, en parle -i»ii : « J'ai lait coiinoissance avec celte i. 24

J'allai d'assez bonne heure à la campagne, et j'y fis mon établissement ordinaire avec ma mère et m"es enfants. M. Grimm revint d'Allemagne, et je le vis de temps en temps. J'ai continué de le voir depuis, et j'en suis toujours plus contente; mais il est lié dans deux sociétés auxquelles il est absolument livré, et qui lui laissent peu de temps pour cultiver d'autres connoissances. 11 est ami intime de Diderot et de Rousseau \ Trois fois la semaine il dîne chez le baron d'Holbach, son compatriote et son ami *. Desraahis est aussi admis dans celte société ; mais il y va peu, parce qu'ordinairement la réunion n'est composée que de personnes d'un âge mûr : il vient assez souvent me voir. 11 est jeune et plein de talent ; sa conversation est amusante ; mais je lui crois peu de solidité dans l'esprit. Il pourroit se faire un sort par ses ouvrages, s'il vouloit travailler; malheureusement il ne peut rien faire de suite. Il est indécis, inquiet, peut- être même défiant.

J'avois quelquefois des nouvelles de madame d'Houdetot que son mari laissoit dans sa terre en Normandie,

demoiselle d'Ette. C'étoit une Flamande et il y paroît à la peau et aux couleurs. Son visage est comme une j;iUe do lait sur laquelle on a jeté des feuilles de roses, el des tétons à servir de coussins au menton, les fesses à lavenanl: du moins je le présume. Elle est bien née. Le chevalier de Valory l'enleva de la maison paternelle à l'âge de quatorze ans, et vécut une quinzaine avec elle, la déshonora, lui fit des enfants, lui promit de l'épouser, s'entèla d'une autre et la planta là. El voilà ce qu'on appelle d'honnêtes gens. »

' a Diderot même, au commencement, m'avertit plusieurs fois que Grimm, à qui je donnois uini de confiance, n'étoit pas mon ami. i) ; Confessions, pirlie II, livre IX.)

° Holbach (Paul-Tiiiry, baron d'), est né à ileidelsheim, au commenoemenl de 1723. mais il fut élevé à Paris dès son enfance. C'est lui que Jean-Jacques a voulu peindre dans le personnage de ^Volnlar de la Nouvelle liclvïse, quoiqu'il eut alors rompu avec sa société et qu'il eût peu à se louer des égards qu'il y avaii trouves.

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