PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE IX
aussi communicatif avec ses amis, qu'un caractère tel que le sien sembleroit le promettre. Il les écoute et leur répond avec le plus grand intérêt, tant qu'ils ne lui parlent pas de lui : c'est le seul point sur lequel il soit en reste avec eux. C'est peut-être le seul homme à qui il soit lionne d'inspirer de la confiance sans en témoigner; mais il prouve à ses amis, par sa sécurité et par sa sensibilité à leur égard, que la défiance ni l' indifférence n'entrent pour rien dans la réserve qu'ils lui reprochent.
« On dit encore qu'incapable de feindre avec eux, il a l'art de leur présenter les plus dures vérités avec autant de douceur et de ménagement que de force. Personne n'est plus éclairé sur les intérêts des autres, ni ne les conseille mieux; il sait indiquer les meilleurs moyens, mais il ne sait point exécuter lui-même; personne aussi n'a plus de finesse pour pénétrer les projets des autres, ni moins d'adresse pour réussir dans les siens. Ce qu'il y a dans son caractère de solitaire et de sauvage ne s'accorde point avec l'aisance, la sou|>lesse et la dextérité qu'il faut dans la conduite des affaires, et que donne le grand usage du monde.
« D'après cette esquisse, on peut conclure que M. Grimm n'est pas également aimable pour tout le monde. Qu'est-ce donc qu'un homme aimable? En attendant qu'on me le définisse, je désire d'en rencontrer souvent d'aussi maussades que M. Grimm'. »
* Avant de placer ce portrait, qui lit'jà lui lient tant à cœur, madame d'Epinay dit à son tuteur que c'est là tout ce qu'elle a à lui dire. Il y a deux faits pourtant qui doivent tenir une place dans l'histoire de ja vie, mais il est vr.ii qu'elle n'était pas dans la nécessité de les inscrire, daufc son roman :
Le premier est la naissance d'une lille. On voit en effet dans lc> lettres de Jcan-J.itque? qu'en 17.^7 elle avait une lillo figée de six ans. Or,
nous ne lui connaissons, d aprùs ses Jlémoires que deux enfants, l'un né en 174<i et l'autre en 1747, qui auraient eu. en 1757, dix el onze ans. Mai? si Jean-Jacques avait écrit ou si, à loii, on avait lu sur sa lettre le mot six au lieu du mol dix? Cela ne suffit pas, car il est certain, d'après les actes mêmes, que la liUe de madame d'E[iinay qui, le 10 mars 170 i, devint madanie de Belzunce, s'appelait .\ngélique-l.ouise-Cliarlotle, tandis que la fille née en 1747, le 24 août, s'appelait Françoise-Tliérijse. Nous n'avons pas trouvé, il est vrai, sur les registres des paroisses de Paris ''acte de baiitcme de madame de Belzunce, et il est étonnant qu'on l'ait mariée à treize ans, nais ces mariages se faisaient et madame dTpinay a pu accoucher d'elle à la campagne.
L'autre événement, beaucoup plus grave, est la naissance d'un fils qui a dû être cachée, au moins à M. dÉpinay et à ma'iame d'Esclavelles, car il n'était pas léj;ilime et, à ce qu'il parait, ne naissait pas dans un temps où il pût être accepté par son père putatif. Mais voici d'abord outre autorité : les Mémoires de ma vie de madame Sand (in-8°, t. XIV).
« M. L*** de B*** (Le Blanc de Beaulieu, longtemps évêque de S*** ^Soissons) et nommé récemment alors archevêque d'A*** (Arles] in partibus [ceci e^t une petite erreur), ce qui équivalait alors à une belle sinécure de retraite, était mon oncle par bâtardise. Il était né des amours très-passionnées et très-divulguées de mon grand-père Francueil et de la célèbre madame d'Éjiinay.
0 Le bâtard né au *** (Blanc), nourri et élevé au village ou à la ferme de B*** (Beaulieu). reçut ces deux noms et fut mis dans les ordres dès sa jeunesse. Ma grand'mère le connut tout jeune encore, lorsqu'elle épousa il. de Francueil, et veilla sur lui maternellement. Il n'était rien moins que dévot alors.
« Il était étrange que le fils de deux êtres remarquablement intelligents fût à peu près stupide. Ce bon archevêque étoit le portrait frappant de sa mère, t
Conmie Mgr Le Blanc de Beaulieu, sacré évêque de Soissons, le 18 janvier 1800, est né à Paris le "29 mai 1753. il a dû commencer à végéter dans le se:n maternel vers la fin du mois d'août 1752, peu de temps avant la rupture délinitive des liens tendres de madame d Epinay et de Fran-
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