‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 235 sur 260 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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Madame de Jully tombe malade subitement. — Sa mort. — Clef myslériens».

— Madame d'Épinay exécule ses dernières volontés. — Douleur extraordinaire de M. do Jully. — Le mausolée de sa femme. — Opinion de Jean-Jacques. — Inventaire. — On a besoin d'un papier d'affaires. — Toute la famille en émoi.

— Discours et portraits. — Madame d'Épinay accusée de soustraction. — Bruit que cela fait dans le monde. — Conseil de famille. — Vilenie de M. d'É^iinay.

— Langage de Duclos. — Colère de Rou^seau. — Offres de Francueil. — Grinim se bat en duel pour madame d'Ép nay. — 11 est blessé. — Émotion de madame d'Epinay. — Les papiers se retrouvent tout à coup. — Excuses de» un» et embarras des autres.

Le sort n'avoit pas encore épuisé tous ses coups sur madame d'Epinay; il lui en ré.'^ervoit un, sous lequel j'eus d'autant plus de crainte de la voir succomber, qu'il pouvoit avoir pour elle les suites les plus fâcheuses.

Madame de Jully fut atteinte de la petite vérole, de l'espèce la plus maligne; après avoir été quatre jours entre la vie et la mort, elle mourut le cinquième'. Madame d'Épinay ne la quitta pas d'un instant. Voici ce qu'elle m'écrivit le surlendemain de la mort de sa sœur, qui arriva pendant les trois où quatre jours que je fus indispensablement obligé d'être à Versailles,

Le 10 décembre 1752. Elle n'avait que vingt-trois ans. Los seuls t(înioins de l'acte de di'ccs sont M. d'Epinay, son Deau-frère, et son cousin germain, Etienne Couclionneau, payeur des rentes de l'ilôlel de Ville.

LETTRE DE MADAME D'ÉPl.NAY A M. DE LiSlEUX.

12 décembre 175- .

Quoi! je ne puis vous voir seulement une minute! jV\ ai le désir, j'en ai besoin, et vous êtes à Versailles! S' vous saviez de quelle affreuse commission je suis chargée ! quel spectacle j'ai devant les yeux ! J'ai fermé ceux de ma pauvre sœur de JuUy : il n'y a que moi qui puisse savoir ce qu'elle valoit. Laissez-moi vous parler d'elle, de sa fin, de ses derniers moments; laissez-moi me nourrir de ma douleur, car rien ne sauroit m'en distraire.

La veille de sa mort, dès le matin, les médecins annoncèrent qu'elle étoit sans ressource. Je fus obligée d'apprendre cette cruelle nouvelle à sa mère et à son mari. Bon Dieu ! je la vois toujours devant mes yeux! je Tois sa chambre, son lit; je ne saurois me persuader qu'elle ne soit plus : cela n'est cependant que trop vrai! Dès que j'eus prononcé l'arrêt, le désespoir s'empara de tout le monde.

Le lendemain, jour de... jour affreux, que je n'oublierai jamais! la connoissance qu'elle avoit perdue depuis plusieurs heures lui revint vers les sept heures du matin. Me trouvant auprès de son lit, je fus assez longtemps sans qu'elle m'aperçût; à la fin je lui pris la main et la lui serrai. « Sommes-nous seules? me demanda-t-elle. — Oui, ma sœur, » lui dis-je. Alors, tirant de sa poche un petit portrait d'elle : « Tiens, dit-elle, c'est pour toi. >? Les larmes m'étouffoient, je ne pus proférer un seul mot; je me jetai la tête sur son lit; j'allois baiser ses mains, elle les retira. « Adieu, ma bonne amie, ma véritable sœur: ayez soin du chevalier. Si je meurs, consolez-le;

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