PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE X
une clmrabre à part; j'ai partagé la garde-robe entre ses deux femmes de chambre, et j'ai chargé une femme connue de vendre les dentelles et les belles robes. J'ai enferme les diamants et les bijoux dans une cassette, dont j'ai remis la ciel à mon frère.
La douleur où il étoit d'avoir perdu sa femme fut poussée jusqu'au délire, et parut d'autant plus étrange .jue la dissipation à laquelle il s'étoit livré jusqu'au dernier moment de sa vie ne l'y avoit pas préparé. Sa premier^ sortie fut pour commander un superbe mausolée en marbre, qu'il destina à être placé dans un cabinet au fond de son appartement^ Il fit iaire une demi-douzaine de portraits, qu'il rangea tout autour de sa chambre, et il passoit son temps à se nourrir ainsi de sa douleur. Housseau écrivit à ce sujet une lettre à M. de Francueil, qui étoit à la campagne : je ne puis m'empècher d'en
* Madame de 3ully fut enterrée à Sainl-Roch, dans la deuxième chapelle à gauche, en entrant, dont le tableau d'autel était une sainte Élisa- Leth de Hongrie, par Louis le Lorrain. îl. de JuUy avait dessiné le tombeau et Falconet sculpta pour le décorer un médaillon qui a été conservé et qui aujourd'iiui se voit encore à Saint-Roch, mais dans les chapelles de l'autre côté de l'église. Ce médaillon nous représente donc celte femme jeune et légère et peut aidera retrouver de ses portraits en peinture. Il ne donne pas précisément l'idée d'un visage gracieux, ni même beau ; mais on y sent que la personne était grande, élégante et hautaine. Le nei est un peu fort, mais sans dépLiire. La coilïure est une petite frisure crêpée sur les t('mpcs et un chignon relevé et aplati sur le haut de la tète où il se termine par une sorte de toufle épanouie.
Nous avons cherché bien longtemps le texte de l'épitaphe ; et nous ne l'avons trouvé, grâce à l'obligeance de M. Cousin, de lArscnal, qui a mis dins le tome IX de la Itevue vnivertelle des arts un article étudié sur les sculptures de Saint-Hoch, que dans la première petite édition de Dulaure (1787). Voici cette épitaphe, qui est liu latin de M. de JuUy :
« Eternuî memorioe Ltidovicx Elisabeth Chasibon quœ dolibus eximiis conspiciia, omnibus flcbilis et dcplancla, dicm supremum obiit X. Kai deccmbris 1752, oclatis 23. Hune tiimulum in amartludine a.ninia; susc uxo:is 'Jcsideraiissiniae Angélus Laurentinus La Live de Jullï dcdil. »
donner l'extrait. On verra qu'en reprochant à iM. de Jully d'arranger sa douleur sur ses goûts, Rousseau n'en arrange pas moins, sans s'en apercevoir, les événements à ses systèmes.