PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X
cette occasion importante combien je suis occupé Je
vous.
ItTTRE DE MADAMK D'EPI.NAY \ M. DE FPvANCUElL.
Bon Dieul qu'ai-je appris, mon ami? Il ne manqu. iî que cette circonstance à mon malheur; M, Grimm s\-l battu, il a été blessé, et j'en suis la cause! C'est Duclos qui est arrivé, avant-hier au soir, tout exprès pour m'apprendre cet événement. « Je ne m'étonne pas, m'a-t-il dit, si Grimm n'a pas paru ici depuis quelques jours; il est autrement occupé, le savez-vous? Il rompt des lances pour vous, mais, par Dieu ! il lui en cuit à présent; il s'est battu, et il a été blessé. » Je ne puis vous dire la révolution que me flt cette nouvelle apprise ainsi subitement, je vis un honnête homme qui perdoit la vie peut-être, pour avoir pris la défense d'une femme à qui il ne devoit rien; et cette femme, c'est moi. Je fis cent questions à la fois à Duclos, qui n'étoit en état de me répondre à aucune; il ne savoit que le fait, et ne s'en pcrmettoit pas moins mille conjectures et mille réflexions, qui toutes concouroient à me désespérer. « Quoi qu'il en soit, disoit-il, c'est le service d'un fou qu'il vous a rendu là. C'est un homme que vous ne pouvez plus voir honnêtement; ne le voyez plus, c'est le seul moyen de vous rendre sa mort ou sa vie utile, sans quoi il vous nuira plus qu'il ne vous aura servi. »
Mon mari entra : il connoissoit l'affaire, et savoit même, de plus que Duclos, le nom de l'adversuire de M. Grimm; il voulut plaisanter sur la gloire que j'en relirerois, mais je le lis taire sèchement, et je dis ensuite à
Ducios ei à lui : « Je connois peu M. Grimm ; je ne coniicis point du tout celui contre qui il s'est battu : quoi qu'il en soit, ce duel seroit un malheur de plus pour moi, et que je rcsscntirois vivement, mais qui doit me rendre plus respectable à quiconque a le sens commun. M. Grimm n'est ni un fou, ni un étourdi, et s'il est vrai qu'il ait pris jusque-là ma défense, il y a apparence qu'il me rend plus de justice que ceux qui rac raillent ou qui me blâment. Adieu, messieurs, laissez-moi, je veux être seule. »
Vous concevez aisément, mon ami, quelle nuit je passai. Je vis, le lendemain, M. de Lisieux, qui étoil instruit de toutes les circonstances; voici ce qu'il m'apprit.
M. Grimm étoil à dîner chez le comte de Frièse, chez qui il loge. Il y avoit beaucoup de monde, mais point de femmes. Vers le milieu du repas, on conta mon aventure, et elle fut présentée comme un tour de passe-passe d'autant plus adroit que j'avois, disait-on, couvert mon escamotage du voile de l'amitié et de l'honnêteté, et qu'ensuite je m'étois fait donner cent louis par mon mari pour récompense du service que je lui avois rendu. M. Grimm voulut me défendre par la réputation de probité et de désintéressement que je m'étois acquis3 universellement, « J'ai peu l'honneur de connoîtrc m.jJame d'Epinay, disoit-il; elle passe pour avoir une fortune honnête; elle a de l'esprit; on dit qu'elle fait beaucoup de bien, qu'elle est noble et généreuse. On ne me per- Hiadera jamais qu'en vingt-quatre heures on change de mœurs et de principes, et qu'on sacrifie tous les avantages dont jouit une personne honnête à un intérêt aussi vil; et en admettant que cela fut po>siblc, que lui en ro-