‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 248 sur 260 · PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE X

LETTRE DE LA MEME AL" Ml'.ME.

Ah! monsieur, quel bonheur! quel bonheur inattendu! M. de Jully sort d'ici. Tout est retrouvé; mais savezvous comment? d'une manière qui ne laissera aucune ressource contre moi, ni à l'envie ni à la méchanceté. Je vous en ferai les détails, cela seroit trop long par écrit, et je n'en ai pas le loisir. Ah! c'est M. d'Epinay qui est excellent! Ces papiers retrouvés l'assomment. Il n'est pas bien décidé, dit-il, que ce soient les véritables : il faudra les examiner de près. Quel homme! Je vous avoue que je me réjouis intérieurement de la mine que vont faire mes accusateurs et ces petites dames, qui pensoient qu'on ne pouvoit plus me voir en sûreté de conscience. Mais je bavarde inutilement. Venez me voir, monsieur. Adieu, je vous attends.

En même temps que le chevalier de V*** avait répondu à madame d'Epinay, il avoit écrit une lettre de compliment à M. de Jully et ajouté par apostille : « Quel- « que temps avant mon départ, madame de Jully m'avoit « confié des papiers que j'ai remis à l'intendant du duc « de V*** pour les consulter. Lorsque je suis parti, cet « homme ctoit absent. Madame de Jully s'étoit chargée « de les retirer à son retour ; mais si vous aviez besoin « monsieur, de l'avis de cet homme sur le fond de cette « affah'e qu'il entend bien, il est d'une intelligence et u d'une probité reconnue; et je réponds qu'il tiendra à

« honneur de vous être ut le. Il se nomme Félix et do- « meure à l'hôtel de V*** *. »

M. de Jully n'imagina pas d'abord quelle espèce de papiers Féhx pouvoit avoir, mais, croyant être sûi qu'il n'avoit jamais confié à sa fennue que ceux qui concernoient son affaire avec M. (JE; inay, il fit nricttre sc^ chevaux et courut sur-le-champ à l'hôtel de V***. M. Félix, à cause de la multitude d'affaires dont il étoit chargé, avoit tout à fait oublié celle dont on lui parloit. Mais il se la rappela au premier mot; et c'étoient précisément tous les papiers qu'on soupçonnoit madame dEpinay d'avoir distraits ou brûlés qu'il avoit entre les mains. M. de Jully alors arriva chez elle, et lui dit en entrant : « Je viens, ma chère sœur, vous faire réparation au nom de qui il appartient, mais ce n'est pas au mien, car je ne vous ai jamais soupçonnée : les papiers sont retrouvés, w

Madame d'Epinay ressentit la plus grande joie de cette nouvelle, mais M. de Jully paroissoit avoir quelque chose sur le cœur qu'il n'osoit exprimer. « Qu'avez-vous! lui dit sa belle-sœur. — Je ne verrai pas mon frère, répondil-il; je suis cependant dans des dispositions qu'il peut désirer s'il est juste. Je ne me relâcherai point de mes droits. J'éviterai de plaider, à moins qu'il ne m'y force ; mais, notre compte une fois arrêté, je renonce à toute association pour le temps qui reste d'ici à la fin de cette affaire. » Puis il ajouta : « Ma sœur, voulez-vous que je vous dise ce que j'ai cru? — Quoi? mon trère. — Ma

* Il y avait alors quatre ducs que ces initiales peuvent designer : le duc de Villeroy, rue de Varennes; le duc de Villars, rue de Grenelic-Saint- Germain; le duc de Villars-Brancas, rue Saint-Dominique, et le duc de Valenlinois, rue de Varenneb.

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