PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE X
femme ne c^nnoissoit guère les affaires ni F importance de l'argent; j'ai pense qu'en vous priant de brûler indistinctement tout ce qui se présenloit, elle avoit désiré d'éteindre une source de discussions, et... — Mon frère, elle étoit trop équitable pour avoir eu une idée si mal entendue; et les suites? — Je supposois qu'elle ne les avoit pas prévues. Mais que peut-elle donc avoir fait brûler si subitement? — Je l'ignore absolument, mon frère; j'ai brûlé sans rien voir. — Vous ne le soupçonnez pas?
— Non, mon frère. — Si celle-là avoit des intrigues ! mais cela n'est pas vraisemblable, n'est-ce pas? — Madame de Jidly faisoit beaucoup de bien, mon frère, il seroit tout simple qu'elle eût voulu en dérober les traces.
— Je le crois. Vous le croyez aussi? — C'est, à mon avis, le seul soupçon que nous puissions nous permettre. Il faut nous y tenir. »
Il soupira et partit.
LETTRE DE MADAME D'ÉPl.NAY A M. DE LISIEUX.
Quatre jours de distance.
9 Allons, ferme; poussez, mes bons amis de cour. »
Voilà ce que j'ai été tentée vingt fois de répondre aujourd'hui. Croiriez-vous que je ne puis pas faire un pas sans recevoir des compliments et des félicitations; mai.-; ce que je trouve excellent, ce sont ceux qui me disent : <( Déliez-vous de tels et tels; si voussa\iez les propos ■qu'ils tiennent de vous! 11 faut avoir l'âme bien basse pour soupçonner si vite, » ajoutent-ils. Je ne répondrois pas, cependant, que ceux-là même eussent été du nombn^ <le ces mal-disants
Madame Chambon est venue chez moi ; elle m'a lait des excuses de la part de ses sœurs : ainsi tout est dit, toute la famille et nos amis en ont été témoins. Je pense très-sincèrement ce que je lui ai répondu, lorsqu'elle a commencé la harangueque je ne l'ai pas laissée achever. « Il étoit difficile, madame, lui ai-je dit, que l'on pût soupçonner mon intention, mais je pouvois être coupable du fait sans le savoir ; il m'importoit d'en être justifiée à mes propres yeux et dans l'esprit de ceux que j'estime. Je le suis; tout le reste m'est indifférent. » Elle voulut nier les propos qu'elle craignoit, sans doute, qui ne me fussent revenus. « J'ai appris à ne faire nul cas des propos, luidisje, madame. Vous dites aujourd'hui que vous ne m'avez pas soupçonnée : je le crois, et j'en prends tous ces messieurs à témoin. » M. d'Épinay alla à son frère, et lui dit : « Eh bien, ces papiers, les as-tu? Il faudra les voir ; les as-tu examinés? — Oui, lui répondit de Jully. — Eh bien? — Eh bien, vous me devez jusqu'ici cent quatrevingt-seize mille livres. — Diable! cela ne se peut pas, cela est bien singulier : il y a là quelque erreur. J'ai mes notes. — Vous aurez ce que vous voudrez, mais je m veux ni me départir de ce qui m'est dû, ni disputer avec vous. Je vous avertis que j'ai remis tous mes papiers à M. Félix, qui les avoit en dépôt; vous n'avez qu'à remettre les vôtres à qui vous voudrez, et, dimanche matin, que celui que vous aurez choisi se rende, à dix heures, à l'hôtel de V***. Ces messieurs régleront notre compte, et vous n'aurez plus qu'à paver. » M. d'Epinay convint qu'il iroit lui-même, accompagné de Cahouet. son secrétaire \
* J. J. Rousseau en parle dans \ei Confessions. Le secrétaire d'un 1er-