‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 25 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITUE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITUE I

démarche que son cœur et son caractère aiiroient démentie mille fois pour une?

Près d'aller s'établir à Epinay avec ses parents, elle résolut d'y être fort sédentaire pour éviter de jouer et de faire les dépenses inévitables à la ville. Elle projeta différentes occupations; elle étoit peu instruite, elle rce pria de la guider dans le plan d'études qu'elle s'étoit fait. De l'ouvrage, des livres et le dessin dévoient remplir ]ci moments qu'elle ne donneroit pas à sa correspondance avec son mari. Ses parents, à qui elle communiqua cc projet, sans leur en dire le véritable motif, en furent d'autant plus enchantés, qu'ils se trouvoient seuls avec mademoiselle de Bellegarde', M. de Bellegarde ayant en-

* Mademoiselle Élisabelh-Soplne-Françoise de Bellegarde était sortie du couvent depuis im peu plus d'une année. La douceur de s-on caractère, sa gaieté inlaiiiiir, son esprit de saillie, n'avaient rien d'égal. Ce qii"ii y a peut être de plus intéressant dans la partie des Mémoires de madame (f Épinay q»"ï\ était inutile d'imprimer, ce sont les petites anecdotes de famille qui la concernent et les Ir.iits épars d'une physionomie qui, dès la plus tendre cni'ance, fut si digne d'être aimée.

Mademoiselle de Bellegarde (madame d'IIoudetot) est née le 18 décembre 1750, rue Saint-Honoré, du côté et un peu au delà de la place Vendôme.

Elle est inscrite sur les registres de Saint-Boch sous les noms d'Élisabelh-Sophie-Françoise. Son parrain était messiie Nicolas-Frangois Fillion de Villcmur, écuyer, greffier en chef du parlement de Toulouse, demeurant place royale de Louis-le-Gnmd, et sa marraine dame Jeanne Talon, veuve de François de Montpellier, l'un des fermiers du roi, demeurant rue Jieuve-iles-Pelits-Champs. ! es Fillion deViilennir ont été longtemps dans les recettes et dans les fermes.

Madame de Bellegarde étant morte vers 1740, madame d'HouJetot n'a guère vécu qu'une dizaine d années sous sa main Elle ne ressemh'ait guère à sa mère, ni guère davantage <à sa tante, madame d'EschivelIcs, qui lui tint lieu de mère, de dix à dix-huit ans, pendant toute une première jeunesse qui dut être si enjouée. L'anecdote suivante n'a pas sans doute été ininginée :

« Madame d'Ilsclavelles avait une dévotion minutieuse : reniar.|urn fuc sa nièce faisait des vers facilement, elle voulut l'en empêcher. Voyint

voyéM. de Jullj chez un de ses amis, loin de Paris, alin de lui faire oublier, s'il étoit possible, mademoiselle Cliambon, pour laquelle il sembloit prendre un goût trop vif. M. de Cellegarde redoutoit les suites de celte passion naissante. Mademoiselle Chambon sortoit d'une famille obscure. Ses alentours étoient, selon lui, un obstacle invincible pour l'unir à M. de Jully, à qui il vouloit faire contracter un mariage de protection. Elle étoit iort riche à la vérité; mais la manière dont ieu son père avoit acquis sa fortune ne passoit pas pour très-légitime \

Madame d'Épinay alla prendre congé de ses amies.

que ses défenses étaient inutiles, elle coi.fisqua le papier. Désirant que mademoiselle de La Live devînt une femme de ménage, elle lui prescrivit de recevoir et vérifier les comptes des dépenses de la maison. Un jour, apercevant des interlignes dans le compte du cocher, la jeune personne les remplit par des vers; sa tante arrive, la surprend, la gronde et va chercher M. de Bellegarde. Celui-ci commence à gronder un peu, se saisit du papier, lit les vers, les trouve jolis, et, voyant une correction à faire, prend la plume. Sa fille lui saute au cou et l'embrasse, bien sûre qu'une faute ainsi corrigée n'était pas inexcusable. » (Note de Musset- Pathay, — Hist. de la Vie et des ouvrages de J. J. Rousseau.)

* Louise-Élisalieth Chamhon, fille d'un fermier général qui, en effet, n'est pas aussi bien traité que M. de Bellegarde dans les notices que nous avons citées déjà. Son article est ainsi conçu :

<i Chambon, originaire du Languedoc, d'une très-basse extraction: on croit même qu'il avait été laquais. Ce qu'il y a de vrai, c'est que, de petit commis buraliste d'un receveur particulier de domaine et contrôle (enregistrement) des actes de sa province, il devint commis de la direction générale de ces mêmes droits à Montpellier, et donna tant de preuves de sa capacité dans cette partie, qu'il fut appelé à Paris, cl qu'en 1719 il fut lail chef d'un des bureaux de la régie des droits du bail de Pillavoine, ensuite de la régie de Charles Corilier en 1721. Il lui fait sous-fermier en 1726, étant inléressé dans plusieurs sous-fermes par son mariage avec la fille aînée du sieur Bellon, directeur des petites gabelles. 11 fut nommé, à la place de Desvieux, fermier général.

a Cette famille n'existe plus dans les soixante. »

En 1737, le fermier général Chambon demeurait rue Sainl-Honorê, près l'hôtel de Noailles.

Page 1