PREMIÈRE PARTIE.— CUAPITRE III. lOÎ
a trente-trois ans, elle est grande et très-bien faite; elle paroît avoir de l'esprit et de la finesse. Son maintien est embarrassé; je la crois timide. J'ai passé une heure chez elle : je me propose de cultiver cette connoissance ; elle me plaît tout à fait.
Le 8 mars 174S.
Je n'ai jamais été si dissipée que depuis un mois, et je ne m'en trouve pas plus heureuse; au contraire, lorsque je suis seule, je m'ennuie et je pleure. Personne ne me vient voir, parce qu'on ne me trouve jamais chez moi. C'est par complaisance pour M. d'Épinay que je me suis jetée dans le monde; aujourd'hui je m'y livre par nécessité. Je ne puis plus être avec moi, et je ne puis penser à mon mari, parce que sa conduite me déchire l'àme. J'ai ouï parler sourdement d'une mademoiselle Rose, danseuse de la Comédie, qu'il suit de près. Jusqu'ici je n'en ai rien voulu croire, tant j'ai de peine à le trouver coupable.
Mimi se marie'; c'est une chose décidée : elle épouse M. le comte d'IIoudetot, jeune homme de qualité, mais sans fortune; âgé de vingt-deux ans, joueur de profc-sion, laid comme le diable et peu avancé dans le service : en un mot ignoré, et, suivant toute apparence, fait pour l'être-. Mais les circonstances de celte affaire sont trop singulières, trop au-dessus de toute croyance pour ne pas te-
* Mademoiselle de Bellegarde s'est mariée le 10 février 1748. La date que madame d'Épinay a mise sur son journal n'est donc pas cxicle. Do reste il e>l prob.iblcquc cctle p;irlic des Mcnioiies a élé écrite de souveoir, car l'anni'e 1747 et raiincc 17 i8 y sont confondues.
• Mad;imc d'Épinay e?t exlrèniemcnt rigoureuse pour M. d'Houdetot, ■qui avail, à ce qu'il parût, une belle (aille, et qui, nô le 5 août 1724, ■olait Ciipilainc lieuleuant de la goiid.innerie. Eu 176-, à 58 ans il était niarLcbal de camp. I.a Chronologie mllllQirç de PiuafJ [t, YllI, p. 473)
lOti MÉMOIRES DE MADAME D'ÊPINAY.
îiir une place dans ce journal. Je ne pourrois m'empêcher ■i'( n nre si je ne craignois que le résultat de celte ridicule histoire ne fût de rendre ma pauvre Mimi malheureuse. Son âme est si belle, si franche, si honnête, si sensible! C'est aussi ce qui me rassure; il f'audroit être an monstre pour se résoudre à la tourmenter. Hier matin, mercredi, ma mère m'appela dans son ap-
ae va pas plus loin ; mais on peut y voir 411e la vie de M. d'IIouilclot ne fut pas celle d'un solJat inutile et désœuvré.
« D'HuuDETOT (Claude-Gonslaat- César, comte), né le 5 loùl 1724.
« Mousquetaire le 3 mai 1738. Il lit la campagne de 'I7i'2, en Flandre et leva lel*'' janvier 1743 une compagnie dans le régiment de cavalerie du Roi; il passa la campagne à la former, et obtint le 28 octobre la charge de guidon de la compagnie des gendarmes de Flandre avec une commission du même jour pour tenir rang de lieutenant-colonel de cavalerie. Il se trouva avec la gendarmerie à la re|irise ile Weissembourg et des lignes de la Loutre, à l'affaire d'Anguenum, au siège de Fribourg, enl7l4et passa enseigne de la compagnie des gendarmes d' \quilaiae, le l^ décembre. Il était à la bataille de Fontenoy, au.K tiégcs des ville et citadelle de Tournay, d'Oudcnarde, de Dendermonde et d'Alh en 1745, et devint sous-lieutenant de la compagnie des gendarmes Dauphins, le premier décembre avec rang de mestre de camp de cavalerie par commission du mên:e jour. Il servit aux sièges de Mons, de Charleroy, de Namur, et combattit à Raucoux en 1746 et à Lawfeld en 1747. Capitaine lieutenant de la compagnie des gendarmes de Bcrry par provisions du !"■ janvier 1748, il la cnmmanda au siège de Maestrichl la même année, à la bataille d'Hastembeck, à la con:juète de l'électoral de Hanovre en
« Brigadier par brevet du 1" mai 1758, capitaine lieutenant de la compagnie des gendarmes de Bourgogne par provisions du 22 juillet suivant, il te démit de la compagnie des gendarmes de Berry; et ayant été employé brigadier à l'armée d'Allemagne dès le premier mai, il se trouva au combat de Sunder-Ilausen, à la conquête de la liesse, à la bataille de Lutzelbourg. Il était à la bataille de Minden, en 1759, aux affaires de Corback et de Wartbourg en 1760, à l'affaire Filinghausen en 1761, et fut déclaré au mois de novembre maréchal de camp dont le brevet lui avait été expédié dès le 20 février précèdent : il s'est démis alors de la compagnie des gendarmes Bourguignons et a été employé maréchal de camp à l'armée d'Allemagne par lettres du 1*' mai 1702. »
M. d'IToudetot est devenu lieutenant général le 1" mars 1780 et madame d'Épinay l'a vu élever à ce grade.