PREMIERE PARTIE. - CHAPITRE III
de honte Je me trouver heureuse par l'absence de mon mari. Jusqu'à présent, lorsqu'il partoit, je cherchois mes amis; je leur disois de me consoler. Aujourd'hui je les fuis, et je crains qu'ils ne voient que je n'ai pas besoin de leur secours. Personne ne tient sa place dans mon cœur, et personne, jamais, ne pourra l'occuper. En le voyant avec indifférence, je n'ai fait autre chose que ce qu'il a paru désirer lui-même, parla conduite qu'il a tenue avec moi. Je n'ai rien négligé pour le ramener; il m'en a coûté bien des larmes avant d'en être arrivée au point où je suis. Irai-je donc, à force de réflexions, troubler encore le premier moment de tranquiUité qui me luit?
Mon fils est avec moi : je ne suis occupée du matin au soir que de cette petite créature. Il ressemble à son père, mon tuteur, et il ne lui ressemble pas. C'est sa figure, et il a de plus un sourire fin, touchant même, et une marrie, oui, précisément, une manie de m'avoir toujours auprès de lui. 11 pleure dès que je m'éloigne. Il me craint déjà, et je n'en suis pas fâchée, car je ne veux pas le gâter. Je pense quelquefois, lorsqu'il sourit en me regardant, et qu'il marque, en frappant ses petites mains, la joie qu'il a de me voir, qu'il n'y a point de satisfaction pareille à celle de rendre son semblable heureux.
Le S seplciiiLrc 17 iS.
Voilà trois mois que mon journal est interrompu, plutôt par l'apathie et l'indifférence que j'ai pour moi-même que par la disette des faits'. Je veux à l'avenir m'assU' jeltir à le tenir exactement.
* L'éditeur de la prcniiùre édition de ces Mciiidircs, dil que madame d'Epinay était accouchée dune lillc le 4 auùL. On ne trouve pas Irnce dt
Mademoiselle d'Ette est venue passer la journée avec moi. Après le dîner, je me suis mise sur ma chaise longue. Je me sentois de la pesanteur, de l'ennui ; je bàillois à tout instant, et, craignant qu'elle n'imagincàt que sa présence me gênoit ou m'étoit désagréable, je feignis d'avoir envie de dormir, espérant à la fin faire passer cette disposition. Mais point; elle ne fit qu'augmenter : la tristesse s'empara de moi, et je me sentois le besoin de dire que j'étois triste. Les larmes me venoient aux yeux : je ne pouvois plus y tenir.
« Je vous demande pardon, lui dis-je ; je crois que ce sont des vapeurs : je me sens bien mal à mon aise. — Ne vous gênez pas, me dit-elle. Vraiment oui, vous avez des vapeurs, et ce n'est pas d'aujourd'hui ; mais je n'ai eu garde de vous en rien dire, car j'aurois redoublé votre mal. » Après une petite dissertation sur les vapeurs et leur effet: « Venons, dit-elle, à la cause des vôtres. Tenez, soyez de bonne foi et ne me cachez rien ; c'est l'ennui; ce n'est pas autre chose. — Je le croirois assez,
celte naissance dans les registres des baptêmes de la paroisse Saint-Roch, à la date de 1748. Il faudrait donc que ce fut à Épinay qu'elle eût fait ses couches, mais cela n'est pas probable. Ce qui paraît certain c'est qu'il y a ici un peu de désordre dans les souvenirs de l'auteur et qu'elle mêle ceux de l'année 1747 avec ceux de l'année 1748. Or, en 1747, le 24 août elle était en effet accouchée en l'absence de son mari, d'une fdle: Françoise-Thérèse, tenue sur les fonts par François-Christophe La Live, seigneur de Viennay, Pailly, Prunois, Saint-Romain, et de Sucy-en-Brie, conseiller au parlement de Metz, grand-oncle paternel « représenté, dit par erreur l'acte baptismal, par Ange-Laurent La Live de la Biiche (au lieu de Jully], oncle paternel;» et par Thérèse-Suzanne Leslendart de Bully. C'est madame de Roncherolles.
Ce ne fut pas l'unique lille de madame d'Epinay et peut-être celle-ci mourut-elle de bonne heure Peut-être même lui en naquit-il une autre en 174y, et encore au mois d'août, à Épinay. Ce serait peut-être celle qui plus tard devint madame de Belsunce et qui s'appelait Angélique- Louise-Charlotte.