PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE IV
me rassurer quelquefois par cette lecture ; on y voit tant de sécurité, tant de tendresse et de gaieté! « Eh bien ! me dit-elle après quelques propos et comme par réflexion, il me semble que l'air de la campagne vous réussit? — Oui, lui répondis-je; je me porte beaucoup mieux. Mais pourquoi n'engageriez-vous pas le chevalier de Valory à venir passer quelques jours avec vous : mes parents l'en ont prié, et j'en serois fort aise. — Oh! non, reprit-elle, laissez-le dans son coin, vous êtes trop merveilleux pour lui : nous sommes de bonnes gens, nous, qui sommes accoutumés à vivre de coquilles de noix; toute votre opulence nous gàteroit. — Vous plaisantez, lui dis-je tout étonnée, nous merveilleux? nous, de l'opulence? Eh! mais c'est sans doute pour vous moquer que vous parlez ainsi? — Non, pas trop, dit-elle; je le pense : et puis, il ne vous faut rien à présent; vous avez Francueil, qui est un ami très-fait pour tenir lieu de tout. — Cela est vrai, lui disje; mais j'espère qu'il ne me fera jamais oublier mes anciens amis, quelque ressource que je puisse trouver en lui. — Cela est honnête, reprit mademoiselle d'Ette,mais mon Emilie ne dira pas toujours ainsi : l'ivresse n'est pas à son comble; elle y viendra, et alors! — Cet alors n'arrivera pas, je vous assure. — Oh ! que si. Les choses ont pris une tournure qui me plaît; mais auparavant... — Auparavant! que voulez-vous dire? — Je veux dire... je veux dire. . . Excusez, je vois que vous êtes occupée à écrire, je me retire. » Et elle est sortie. Depuis une heure que je suis seule, je rêve sans pouvoir fixer aucune des idées que cette singulière convcr.^alion a fait naître en moi. Ah! mon cher Francueil, demain j'arriveiai à Paris; j'irai me réfugier dans tes bras pour y oublier la nature entière.
IG'2 MEMOIRES DE MADAME D'ÉI'l.NAY.