JEU DES MILANAIS ET DES NAPOLITAINS
loit qu'’ilz se missent* en guerre, ce qu'’ilz ne vouloient point faire.
Et puys il y avoit ambassades de Napples!, les suppliant tous les jours et leur offrants ce qu'’ilz vouldroient ; et confessoit le roy Alphonce, qui lors regnoit, avoir failly vers eulx ; leur ? remonstroit le peril que ce leur seroit si le roy venoit au dessus de son emprise. Le Turc: leur envoya incontinent ambassadeur, que je veïz plusieurs foiz, qui, à la requeste d’ung du“ pape, les menassoit s’ilz ne se declarroient contre le roy. À chascun faisoient bonne responce, mais ilz n’avoient à ce commencement nulle craincte de nous et ne s’en’ faisoient que rire?. Et aussi le duc de Millan leur faisoit dire par son ambassadeur qu'ilz ne se souciassent et qu’il savoit bien la façon de renvoier le roy sans ce qu’il tint riens en Ytalie ; et autant en avoit mandé à Piere de Medicis, qui le m'a dits.
Mais quant ilz virent, et le duc de Millan, que le roy eut les places des Florentins entre ses mains, et par especial Pise, ilz commencèrent à avoir paour, et parloient de la façon de le
a. et que s’ilz vouloient, ilz se mettroient bien éd. Dupont. — b. et leur éd. Dupont. —c. Le Turc, de l’aultre costé éd. Dupont. — d. du omis par P ; d’ung omis ailleurs : nous croyons qu'il faut entendre : d’un (ambassadeur) du. — e. avoit éd. Dupont.
1. L’ambassadeur permanent du roi de Naples à Venise était Giambaptista Spinelli. Voir, sur lui et sur son rôle, Tristan Caracciolo, J.-B. Spinelli Vita, éd. Muratori, Rerum italicarum scriptores, t. XXII, col. 44 et suiv.
2. Dès le 16 octobre, Commynes disait à Soderini n'avoir « aucune espérance de rien obtenir »; il pensait seulement pouvoir maintenir la neutralité vénitienne (Kervyn de Lettenhove, op. cit., t. IL, p. 135).
3. Commynes aurait voulu, s'appuyant sur Florence, obtenir un arrangement propre à mettre fin à l'expédition aventureuse de Charles VIII, qu’il n'avait cessé de désapprouver (cf. ci-dessus, p.2,et Kervyn de Lettenhove, op. cit., t. II, p. 132). Nous étudierons de près le jeu complexe des négociations qui précèdent et suivent la « Sainte-Ligue de Venise » dans notre ouvrage en préparation, déjà signalé, sur La politique espagnole dans la première guerre d'Italie.