AMBASSADEURS IMPÉRIAUX ET ESPAGNOLS
garder de passer plus avant. Mais leurs conseilz sont longs, et cependant le roy tiroit avant et gens alloient et venoient des ungs aux aultres. Le roy d’Espaigne! commençoit aussi à avoir paour pour ces ysles de Cecille et de Sardaigne. Le roy des Romains commença à estre envyeulx ; et luy faisoit-on paour de la couronne imperialle, disant que le roy la vouloit prendre et en avoit requis le pape : qui? n’estoit point vray3.
Et, pour ces doubtes, ces deux roys envoyèrent grosses ambassades à Venise, moy estant là, comme dit est. Quatre y en envoya* le roy des Romains, car il est? voisin. L’evesque de Trente en estoit le principal, deux chevaliers et ung docteur, à qui fut faict grant honneure, et les logis bien acoustrézi, comme à moy, et dix ducatz par jour pour leurs despens, et leurs chevaulx deffraiéz, qui estoient demouréz à Trevise. Incontinent vint ung très honneste chevalier d’Espaigne, bien acompaigné et bien vestu, qui aussi fut fort honnouré et
a. quant y envoya éd. Dupont. — b. estoit éd. Dupont.— c.honneur et reverence éd. Dupont.
1. Dans l'étude dont nous venons d'indiquer le titre à la note précédente, nous montrerons que les « rois catholiques » ont été les véritables promoteurs de la Ligue de Venise. Le jeu savant de leur diplomatie a échappé à Commynes et n’a pas été mis à sa vraie place par les historiens. Dès le 25 septembre, D. Geronimo Bovadilla, envoyé à Venise par l’ambassadeur espagnol à Rome, Garcilasso de la Vega, amorce les pourparlers secrets qui préparent la négociation. Ce n’est point, comme le croit Commynes, la crainte née des succès de Charles VIII, mais un plan mûrement délibéré, et avant même la descente, qui rythme la politique espagnole.