PUBLICATION DE LA SAINTE-LIGUE
retour, à une pierre de pourfils, où on y faict les publications, firent publier ladite ligue{. Et y avoit ung ambassadeur du Turc? present à une fenestre, caché, et estoit depesché, sauf qu’ilz vouloient qu'il vist ladite feste3 : et la nuyt vint parler à moy, par le moyen d’ung Grec, et fut bien quatre heures
en ma chambre; et avoit grant envye que son maistre fust nostre amy.
Je fuz convié à ceste feste par deux foiz, mais je m’escusay. Et demouray en la ville envyron ung moys depuys, aussi bien traicté que devant 5 ; et puys m'en parti”, mandé
a. porphire éd. Dupont. — b. parti[s] éd. B. de Mandrot (correction superflue).
et princes, et aussi la reine d'Espagne. — C'est peut-être en réplique à cette mise en scène qu’eut lieu à Naples la parodie qui est décrite, mais sous une date erronée, par le Diarium de Burchard (cf. ci-dessus, P. 127, Nn. 4).
1. La proclamation en question eut lieu sur la Piazzetta, où se trouve la « pietra del bando », en porphyre (« pourfil ») rouge, à laquelle Commynes fait allusion. Cf., sur cette proclamation, Sanudo, La spedizione di Carlo VIII, p. 349 et suiv.
2. C'était l’un des trois envoyés du sultan qui avaient débarqué à Ancône au mois de novembre 1494 ; l’un avait été dirigé sur Venise : l’autre, sur Rome: l’autre, enfin, sur Naples (Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie, p. 479).
3. Ce dernier trait montre bien que la ligue n’avait rien de redoutable pour le Turc. Au surplus, nous publierons, dans le livre annoncé plus haut sur La politique espagnole dans la première guerre d'Italie, la lettre adressée par la Seigneurie de Venise à son représentant auprès de Bajazet, Aloysio Sagundino, pour lui enjoindre de notifier le traité : « Ut sicut convenit bone paci nostre, in qua constanter perseverare intendimus » (1er avril 1495).
4. Le « Turc » voulait sans doute faire parler Commynes sur la politique orientale du moment, à laquelle il était fort mêlé. Cf.
5. Commynes était toutefois surveillé. Les ambassadeurs milanais à Venise dévoilèrent notamment à Sforza « les pratiques que monseigneur d’Argenton paraît entretenir » avec Aloys Boschetto, ambassadeur de Rimini; ensuite, après le départ de Commynes, maître Noble, bombardier français, fut arrêté comme compromis dans les menées de l'ambassadeur de Charles VIII (Kervyn de
DÉPART DE COMMYNES (31 mai 1495) 133
du roy et de leur congié, conduict en bonne seüreté, à leurs despens jusques à Ferrare!. Le duc de Ferrare me vint au devant et deux jours me fist bonne chère et deffroya?, et autant messire Jehan de Bentevoilleë, à Boulongne. Et de là m'envoyèrent Florentins querir, et allay à Florencei pour attendre le roy, de qui je retourneray à parler.
Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commynes, t. II, p. 200-202).
1. Commynes quitta Venise le 31 mai avec Jean Bourdin, qui remplit avec lui une mission que l’auteur des mémoires laisse dans l'ombre et que nous étudierons dans l'ouvrage annoncé plus haut,
P 2. Par lettre du 20 mai, Charles VIII avait recommandé Commynes et Bourdin au duc de Ferrare (Lettres de Charles VIII, éd. Pélicier, t. IV, p. 213).