FRANÇAIS LAISSÉS AU ROYAUME DE NAPLES
vèrent® les banières d’Arragon ; et don Federic!, qui estoit à Brandis, la fournit. Et par tout le royaulme commencèrent à muer pensée et se prist? à changer la fortune, qui, deux moys devant, avoit esté au contraire, tant pour voir ceste ligue que le partement du roy et la pouvre provision que on laissoit, plus en chief que en deffault de nombre?.
Pour chief y demoura monsr de Montpencier, de la maison de Bourbon, bon chevalier et hardy, mais poy saige ; il ne se levoit qu'il ne fust mydi. En Calabre laissa monsr d’Aubigny, de nation d’Escocei, bon chevalier et saige et honnourable, qui fut grant connestable du royaulme ; et luy donna, comme ay dict, la conté de Daran‘5 et marquisat de Asquillassef. Il laissa au commencement le seneschal de Beaucaire, appellé Estienne de Vers, cappitaine de Gayète, faict duc de Nolle et aultres seigneuries, grant chambellan! : et passoient tous les deniers du royaulme par sa main ; et avoit cestui-là 4 plus de fetze qu'il ne pouvoit ne n’eust sceü porter. Bien affectionné estoit à la garde dudit royaulme. Il laissa monsr
a. ilz levèrent éd. Dupont. — b. print éd. Dupont. — c. d'Arc éd. Dupont. — d. avoit icellui éd. Dupont. — e. faiz éd. Dupont, avec toujours le même sens de faix.
1. Frédéric, oncle du roi Ferrand II. Celui-ci, dès le 20 mai, jour où Charles VIII quittait Naples, prit terre à Terranova, dans la Calabre Ultérieure, près de Monteleone di Calabria (Delaborde, op. cit., p. 604. Cf. Zurita, Loc. cit., fol. 64 et suiv.). Gonzalve de Cordoue, commandant en chef des forces espagnoles, n’arriva à Messine que le 24 mai. Sur les opérations en Pouille, cf. Sanudo, La spedizione di Carlo VIII, p. 416 et suiv.
2. Entendez : la fortune changea, alors que deux mois plus tôt elle était en sens contraire, et ce tant à cause de la ligue qu’à cause du départ du roi et à cause de l’insuffisante force qu'il laissait, eu égard au commandement plus encore qu'aux effectifs.