François de Tourzel, seigneur de Précy
CAPITULATION D’ATELLA (21 juillet 1496) 267
Il y avoit deux sortes d’Almans en cest ost. Il y povoit avoir quinze cens Suysses, qui y avoient esté dès ce que le roy y alla : ceulx-là le servirent loyaulment jusques à la mort, et tant que plus on ne sauroit dire. Il y en avoit d’autres que nous appellons communement lansquenetz, qui vault autant à dire comme compaignons de païs!, et ceulx-là hayent naturellement les Suysses, et les Suysses eulx. Ceulx? sont de tous pays comme dessus® le Rin, du païs? de Suaveë. Il y en avoit du païs de Vaulx #, en Savoye, et du païs de Gueldre. Tout cecy montoit sept° ou huyt cens hommes, qu’on y avoit envoyé nouvellement avecques ung paiement de deux moys, qui estoit mengié quant ilz arrivèrent, et là ne/ trouvèrent autre paiement. Ceulx-cy, se voyans en ce peril et neccessité, ne” nous portèrent point l’amour que font les Suysses, praticquèrenti et se tournèrent du cousté dudit don Ferrand. Et, pour ceste cause et pour la division des chiefz, nos gens firent ung villain et infame appoinctement? avecques ledit don Ferrand, qui bien jura de le tenir, car ledit marquis de Manto# voulut bien asseürer la personne de son beau frère, mons’ de Monpenciers8.
Par ledit accord, ilz se rendirent tous en la main de leurs
a. de dessus éd. Dupont. — b. et du païs éd. Dupont. — c. il y en avoit aussi éd. Dupont. — d. en Senonie éd. Dupont, qui interprète : Séquanie. — e. environ sept éd. Dupont. — f. mengié, et quant ilz arrivèrent là, ilz ne éd. Dupont. — g. ilz ne éd. Dupont. — h. Mantoue éd. Dupont.
. Landsknechte, en effet, a ce sens littéral. . Entendez : ceux-ci.
. Souabe.
. Vaud.
. Entendez : intriguèrent.
. Is passèrent, en effet, par groupes, à l'ennemi. . Le Journal de Guillaume de Villeneuve; dans l'édition Lenglet, t. IV, 2e partie, p. 112 et suiv., donne le détail de la capitulation ; le texte (21 juillet 1496) est dans Sanudo, Diarii, éd. Stefani, Veneta deputazione di storia patria, 1879, t. I, col. 253 et suiv. 8. Sur cette parenté, cf. ci-dessus, p. 264, n. 5.
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268 CAPITULATION D’ATELLA (21 juillet 1496)
ennemys et leur baïllèrent toute l'artillerie du roy, et luy promydrent faire rendre toutes les places que le roy tenoit audit royaulme, tant en Calabre, où estoit mons' d’Aubigny, que Gayete et Tarante et en l’Abrusse®, où estoit messire Gacien de Guerres ; et par ce moyen ledit roy Ferrand le devoit envoyer en Prouvence par mer, leurs bagues sauves, lesquelles ne valloient guères. Ledit roy Ferrand les fist tous mener à Napples ; et estoient cinq ou six mille personnes ou plus.
Si deshonneste appointemeent n’a esté faict de nostre temps ne n’advint en avant? ; et n’en ay leü de semblable, fors celluy qui fut faict par deux consulz® romains, comme dit Titus Livius!, avecques les Samnitiansä, que on veult dire que à ceste heure sont*° ceulx de Benevente, en ung lieu appellé lors les Forques Caudines, qui est certain pas/ de montaignes: lequel appoinctement les Romains ne voullurent tenir, et renvoyèrent prisonniers les deux consulz® aux ennemys.
Et quant noz gens eussent combatu et perdu la bataille, ilz n’eussent point perdu tant de mors; car les deux pars des nostres y moururent* par famyne ou peste, tant furent gardéz dedans leurs navyres en l’isle de Pruse?, où ilz furent des-
a. que en l’Abousse où estoit messire Gracien des Guerres, avec Gayete et Tarante éd. Dupont. — b. n’advint devant éd. Dupont. — c. conseillers éd. princeps, éd. Sauvage et éd. Dupont. Même leçon, mais corrigée en consulz dans P. — d. Samnisians P ; Samnitiens éd. Dupont et éd. B. de Mandrot. Nous restituons la leçon que représente P. — e. dire estre éd. Dupont. — f. païs P et éd. Dupont; lieu éd. Sauvage et éd. Lenglet. — g. Mêmes leçons que l'indique notre note c. — h. qui moururent P.
1. Tite-Live, première décade, liv. IX, ch. 1-vir. Il s’agit des guerres samnites et de l'épisode célèbre des Fourches-Caudines (321 avant Jésus-Christ). Sur la connaissance qu'avait Commynes des historiens latins, par l'intermédiaire de traductions françaises, cf. ci-dessus, p. 114.
2. Procida, suggéré par Sauvage, plutôt que Pouzzole, que préférerait Mle Dupont, au t. II de son édition, p. 554, n. 2, et que B. de Mandrot, au t. II de la sienne, p. 350, n. 2, écarte parce que « Pouzzole n’est pas dans une île ». Cependant, c’est à Pouzzole que fut enterré Montpensier, mort à Baïes. Cf. la note suivante.
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