CONSIDÉRATIONS SUR L'ART DE NÉGOCIER
cunes fois plus. Ung autre jour s’en alloit autant des nostres; et pour ceste cause s’appella ce lieu depuis le Marché, pour ce que telles marchandises! se y faisoyent.
Et pour dire la verité, telles assemblées et communications sont bien dangereuses en telles façons, et par especial pour celuy qui est en plus grant apparence de decheoir. Naturellement la pluspart des gens ont l’œil ou à s’acroistre ou à se saulver, qui ayséement les fait tyrer aux plus fors. Autres? en y a qui sont si bons et si fermes qui n’ont nulz de ces regardz, mais peu. Et par especial est ce dangier quant ilz sont princes qui cerchent à gaigner gens, qui est une très grant grace que Dieu faict au prince qui le sçait faire, et est signe qu’il n’est point entaché de ce fol° vice“ d'orgueil qui procure hayne envers toutes personnes. Pour quoy, comme — j'ay dict, quant on vient à telz marchéz que de traicter paix, il se doibt faire par les plus ffeables \serviteurs que les princes ont et gens d’aage moyen, affin que leur foiblesse ne les conduysist à faire quelque marché deshonneste ne à espoventer leur maistre à leur retour plus que de besoing et plustost y empescher ceulx qui ont receu quelque grace ou bienfaict de luy que autres, mais sur tous saiges gens, car d’ung fol ne fist jamais homme son prouffit. Et se doyvent plustost conduyre ses traictiéz loing que près?, et quant lesdictz embassadeurs retournent, les ouyr seulz, ou à peu de compaignye, affin que si leurs parolles sont pour espoventer les gens, qu’il leur dye les langaiges dont ilz doyvent user à ceulx qui les enquerront; car chascun desire de sçavoir nouvelles d’eulx quant ilz viennent de telz traic-
a. cheoir P. — b. aulcuns P.— c. fol omis dans M.— d. M et P ajoutent et peché.