ÉVÉNEMENTS DE LIÉGE ET DE DINANT
après avoir esté bien battuz!; et n’eurent leurs amys loisyr de penser s’ilz leur ayderoient. Ladicte ville fut bruslée et rasée ; les prisonniers, jusques à huyt cens, noyéz devant Bouvynies, à la grant requeste de ceulx de Bouvynies. Je ne sçay si Dieu l’avoit ainsi permys pour leur grand mauvaistié, mais la vengeance fut cruelle sur eulx.
Le lendemain que la ville fut prinse, arrivèrent les Lié-
geoys en grande compaignie pour les secourir contre leur promesse, car ilz s’estoient separéz d'eulx par appoinctement, comme ceulx de Dynant s’estoient separéz de la cité. Le duc Philippes se retyra pour son ancien aage?, et son filz et toute son armée se tyra au devant des Liégeoys. , Nous les rencontrasmes plus tost que ne pensions : car, {par cas d’adventure3,) nostre avant-garde se esguara par faulte de ses guydes, et les rencontrasmes avecques/la bataille # où estoient les principaulx chefs de l’armée. Il estoit jà sur le tard; toutesfois on se apprestoit de les assaillir. Sur cela, vindrent gens depputéz par eulx au conte de Charroloys, qui requisrent que, en l’honneur de la Vierge Marie dont il estoit la veille*5, il voulsist avoir pitié de ce peuple, en excusant leur faulte au myeulx qu’ilz peürent.
Lesditz Liégeoys tenoient contenance de gens qui desirent la bataille et? toute opposite de la parolle de leur embassadeur. Toutesfois, après estre alléz et tournéz® deux ou trois foys, fut accordé par eulx entretenir la paix de l’an precédent et baïller certaine somme d’argent; et, pour seü-
a. vigille M.— b. Nous restituons le t qui manque dans D; tous les autres manuscrits ont et. — c. trouvéz À.
1. « Battre » signifie ici : battre les murailles à coups de canon.
2. À cause de son grand âge. Né le 30 juin 1396, il avait à ce moment soixante-dix ans passés.
3. Le sens de cette expression, souvent employée par Commynes, est « par hasard ».