‹ Mémoires édités (volume 3)Chapitre 216 sur 315 · C'est-à-dire : du côté des défenseurs · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : du côté des défenseurs

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160 PRISE DE LIÉGE (30 octobre 1468)

murailles et que ce qu’ilz avoient reparé aux postes estoit jà abbatu* et qu’il ne failloit plus attendre et qu’il ne delayeroit? point l’assault du matin comme il avoit esté conclud; mais que, s’il plaisoit au roy aller à Namur actendant que* la ville fust prinse, qu’il en estoit bien contant, mais qu’il ne partiroit point de là jusques à4 l'issue de ceste matière.

Ceste responce ne pleüt à nul qui fust present, car chascun avoit eu paour de teste saillye. Au roy fut faicte la responce, non point si griefve‘, mais le plus honnestement/ que l’on peüst. Il entendit saigement et dist qu’il ne vouloit point aller à Namur, mais que le lendemain se trouveroit avecques les autres. Mon advis est que s’il s’en fust voulu aller ceste nuyct, il l’eust bien faict, car il avoit cent archiers de sa garde et aucuns gentilz hommes de sa maison et près de là troys cens hommes d’armes. Mais sans nulle doubte, là où il y alloit” de l’honneur, il n’eust point voulu estre reprins de couhardise.

Chascun se reposa quelque peu en actendant le jour, tous arméz, et disposèrent les aucuns leurs consciences).car l’entreprinse estoit bien doubteusei. Comme le jour fut cler et que l’heure aprocha, qui estoit d’huict heures du matin, comme j’ay dit, que l’on devoit assaillir, feist le duc tirer la bombarde et les deux coups de serpentine pour advertir ceulx de avant garde qui estoient à l’autre part, bien loing de nous par dehors, comme j’ay dit; mais par le dedans de la ville n’y avoit point grant chemyn. Ilz entendirent l’enseigne!. Incontinent se disposèrent à l’assault. Les trompettes dudict duc commencèrent à sonner et les enseignes

a. baptu P. — b. delaisseroit À.— c. jusques au lieu de actendant que P; à ce que À. — d. jusques l’on veïst À; on veïst P. — e. creüe P. — f. la plus honneste P. — g. qu’il À. — h. avoit P. — i. deshonneur À. — j. doubtive P. On trouve cette forme dans Olivier de la Marche.

1. C'est-à-dire : le signal convenu. Voir plus haut, p. 153, n. 3.

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de approcher la® muraille, accompaignées de ceulx qui les devoyent suyvre.

Le roy estoit emmy la rue, bien accompaigné, car tous ses? trois cens hommes d’armes y estoient, et sa garde, et ‘aucuns seigneurs et gentilz hommes de sa maison. Comme | l’on vint pour cuyder joindre aux points‘, on ne trouva une |seulle deffence, et n’y avoit que deux ou trois hommes là leur guet, car tous estoient alléz disner et estimoient, pour ce qu’il estoit dymanche!, qu’on ne les assauldroit point, et en chascune maison trouvasmes la nappe mise. C’est peu de chose que du peuple, s’il n’est conduyt par

uelque chef qu’ilz ayent en reverence et en craincte, sauf w’il est des heures et des temps que, en leur fureur, ilz sont ien à craindre.

Jà estoit paravant l’assault ces Liégeois fort matz2, tant pour les gens qu’ilz avoient perduz à ces deux saillies où estoient mors tous leurs chefz, que aussi pour le grant travail qu’ilz avoient porté par huict journées, car il failloit que tout fust au guet, pour ce que de tous costéz estoient desferméz, comme avez ouy. Et à mon advis qu’ilz cuydoient avoir ce jour pour repoz à cause de la feste du dimanche; mais le contraire leur advint et, comme j’ay dit, ne se trouva nul à deffendre la ville de nostre costé, et moins encore du costé des Bourguignons qui estoient de nostre avantgarde® avec les autres que j’ay nommés’. Ceulx-làa entrèrent premier que nous. I1z tuèrent peu de gens, car tout le peuple s’en fuyt oultre le pont de Meuze, tirant en

a. de la P. — b. ces D. — c. Les mots aux points, qui paraissent exigés par le sens, sont omis par D. — d. pour la P. — e. des Bourguignons qui estoit nostre avantgarde P; qui estoit avantgarde À. — f. D omet des Bourguignons qui estoient et avec les autres que j'ay nommés. Nous restituons ces mots d'après P.

1. Cf. les textes indiqués par G. Kurth, La cité de Liège au moyen âge, t. III, p. 328-329, et son récit, p. 328-340. 2. C'est-à-dire : abattus.

Commynes. II

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Ardaine, et de là aux lieux où ilz pensoient estre en seüretél. Je ne veïz par là où nous estions que trois hommes mors et une femme. Et croy qu’il ne mourut point deux cens personnes en tout, que tout le reste ne fuyst ou se cachast aux eglises ou aux maisons.

Le roy marchoïit à loysir, car il veoit bien qu’il n’y avoit nul qui resistast, et toute l’armée dedans par deux boutz; et croy que il y avoit quarante mil hommes. Ledict duc estoit plus avant en la cité, et tourna tout court au devant du roy, lequel il conduysit jusques au palais. Et incontinent retourna ledict duc à la grant eglise de Sainct Lambert“, où ses gens vouloient entrer par force pour prendre des prisonniers et des biens ;.et combien que jà’eust commis des gens de sa maison, si n’en povoient-ilz avoir la maistrise, et assailloient les deux? portes. Je sçay que à son arrivée il tua ung homme de sa main et le veïz. Tout se departit et ne fut point ladicte eglise pillée, mais bien à la fin furent prins les hommes qui estoient dedans et tous les biens.

Des autres eglises qui estoient en grant nombre (car j’ay ouy dire à monsr de Humbercourt, qui congnoissoit bien la cité, qu’il s’y disoit autant de messes pour® jour que à Romme), la pluspart furent pillées sous couleur de prendre

risonniers2. Je n’entray en nulle eglise que en la grande;

ais ainsi me fust-il dit et en veïz les enseignes3, et aussy ong temps après le pape prononça grans censures contre ous ceulx qui avoient aucune chose appartenant aux eglises de ladicte cité, s’ilz ne le rendoient, et ledit duc deputa com-

a. Le scribe de D avait d’abord écrit Laurens, puis il a corrigé. — b. P omet deux. — c. par P. — d. comme P.

1. Sur ces faits, cf. G. Kurth, La cité de Liège au moyen âge, t. III, p. 328 et suiv., et H. Pirenne, Histoire de Belgique, t. II, p- 287; 3° édition, p. 315.

2. Sur ce pillage, cf. les textes cités par Kurth, op. cit., t. III, p- 331-339 et 360-363.

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