‹ Mémoires édités (volume 3)Chapitre 218 sur 315 · CHAPITRE XIV] [LA DESTRUCTION DE LIÉGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV] [LA DESTRUCTION DE LIÉGE

Quatre ou cinq jours après ceste prinse?, commança le roy à embesongner ceulx qu’il tenoit pour ses amys envers ledict duc, pour s’en povoir aller; et aussi en parla audict duc en saige sorte, disant que, s’il avoit plus affaire de luy, qu’il ne l’espargnast point, mais, s’il n’y avoité riens à faire, qu’il desiroit aller à Paris faire publier leur appoinctement en la cour de parlement, pour ce que c’est la coustume de France d'y‘ publier tous accordz, ou autrement ne seroient de nulle valleur3. Toutesfois les roys y peuent tousjours beaucoup.

Et, davantaige, prioyt audict duc que, à l’esté prochain, ilz se peüssent entreveoir en Bourgongne et estre ung moys ensemble, faisans bonne chère. Finablement ledict duc se y accorda, tousjours ung peu murmurant, et voulut que le traicté de paix fust releü devant le roy, savoir s’il y avoit riens dont il se repentist, offrant le mectre à son choix de faire ou laisser, et feïst quelque peu d’excuse au roy de

a.amenéz et presentéz M.— b. a plus M; si n’y avoit ÀA.—c.de P.

1. B. de Mandrot, au t. I de son édition, p. 267, n. 3, propose d'identifier le Madoulet de Commynes avec Amilius, bourgmestre de Liége, connu par ailleurs, et décapité effectivement entre le 10 et le 12 novembre par ordre du duc.

2. B. de Mandrot fait justement observer que, Louis XI ayant quitté Liége le 2 novembre, le délai indiqué par Commynes est nécessairement inexact. Mais le défaut de mémoire est véniel, eu égard à la date où écrit l’auteur.

3. Le traité de Péronne (14 mars 1469) est dans l’édition Lenglet, t. II, p. 46.

LOUIS XI ET LE TÉMÉRAIRE A LIÉGE (1°-2 nOv. 1468) 165

Pavoir amené là. Oultre, requist au roy consentir que audict traicté se meïst ung article en faveur de monsr du Lau, d’Urfé et Poncet de Rivière, et qu’il fust dit que leurs terres et estatz leur seroient rendues comme ilz avoient avant la guerre.

Ceste requeste despleüt au roy, car point n’estoient de son party, par“ quoy deüssent estre comprins en ceste paix, et aussi servoient-ilzé à monsr Charles, son frère, et non point àc luy. Et à ceste requeste respondit le roy estre contant®, pourveü qu’il luy en accordast autant pour monsr de Nevers! et de Crouy2. Ainsi ledict duc se teüt; et semble ceste responce bien saige, car ledict duc avoit tant de hayne aux autres et tenoit tant du leur que jamais ne s’y fust consenty$. À tous les autres pointz respondit le roy ne vouloir riens y muer, mais confermer tout ce qui avoit esté juré à Peronne. Et aussi‘ fut accordé ce partement, et print congié le roy dudict duc, lequel le conduysit environ demye lieue.

Et, au departement d’ensemblei, luy feïst le roy ceste de- | mande : « Si d'aventure mon frère, qui est en Bretaigne, ne | se contentoit dudict partaige que je luy baïlle pour l’amour

de vous, que vouldriez vous que je feïsse? » — Ledict duc luy respondit soudainement et sans y penser : « S’il ne

le veult prendre, mais que vous faciez qu’il soit content, je L L 1]

m'en rapporte à vous deux. » De ceste demande et responce sortit depuis grant chose, comme vous orrez cy/-après. Ainsi s’en alla le roy à son plaisir, et le conduysirent monsr

a. pour P. — b. s’avouoient-ilz M et P. — c. À omet point. — d. qu’il en estoit content B et M.—e. ainsi P. — f. P omet cy.

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