Entendez : un temps
3. Etats d’Abbeville, 22 juillet 1471. Il y avait eu aussi des États à Dijon en avril et mai (J. Billioud, Les Etats de Bourgogne, p. 406 et suiv.).
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car, quant il se trouva cinq cens hommes d’armes, la voulenté luy vint d’en avoir plus et de plus hardiement entreprendre contre tous ses voysins, et les six vingtz mil escuz feit monter jusques à cinq cens mil et creüt de gens d'armes en grant quantité, dont ses seigneuries ont eu bien à souffrir. Et croy bien que les gens d’armes de soulde sont bien employéz sous l’auctorité d’un saige roy ou prince; mais quant il est autre et qu’il laisse enfans petiz, l’usaige à quoy les emploient leurs gouverneurs n’est pas tousjours prouffitable ny pour le roy ny pour ses subjectz.
La hayne ne diminuoit point entre le roy et le duc de Bourgongne, mais tousjours continua. Et ledict duc de Guyenne, estant retourné en son pays, renvoioit souvent vers ledict duc de Bourgongne pour le mariage de sa fille, et continuoit ceste poursuytte. Et ledict duc l’en entretenoit®, et si faisoit-il tout homme qui la demandoit!; et croy
w’il n’eust point voulu avoir de filz ne que jamais il eust
arié sa fille tant qu’il eust vescu, mais tousjours pour enretenir gens, pour s’en servir et aider : car il taschoit à tant /’
e choses grandes, qu’il n’avoit point le temps à vivre pour q , es mectre à fin, et estoient choses presque impossibles, car Le \0,y a moytié d'Europe ne l’eust sceü contenter. Il avoit assez /, h
ardementé pour entreprendre toutes choses?; "sa personne *; € povoit assez porter le travail qui lui estoit necessaire; il ’7 estoit assez puissant de gens et d'argent; mais il n’avoit point assez de sens ne de malice pour conduire ses entre- ‘/ prises : car, avecques les autres choses propices à faire con- + questes, si le très grant sens n’y est, tout le demourant n’est c, riens, et croyez qu’il fault que cela vienne de Dieuc. Qui à eust peü prendre partie des condicions du roy nostre
a. l’entretenoit M.— b. hardiment P.— c. de grace de Dieu P.
1. Charles le Téméraire « en entretenoit » Charles de France, c’est-à-dire tirait la chose en longueur, et il en faisait de même avec tous les prétendants.
2. Le sens est : il avait assez de hardiesse pour toute entreprise.
maistre et partie des siennes!, on en eust bien fait ung prince parfaict. Car, sans nulle doubte, le roy en sens le passoit de trop, et la fin l’a montré par ses œuvres.
[CHAPITRE IV
IcY PARLE PAR INCIDENT? DES GUERRES QUI FURENT EN ANGLETERRE OU MESME TEMPS#
Je me suys oublié, en parlant de ces matières precedentes, de parler du roy Edouard d’Angleterre, car ces trois seigneurs ont vescu d’ung temps grandz3 : c’est assavoir nostre roy et ledict duc de Bourgongne et ledict roy Edouard. Je ne vous garde point l’ordre d’escrire qui sont les hystoiresc ny nomme les années ny proprement le temps que les choses sont advenues ny ne vous allègue riens des hystoires passées pour exemples, car vous en sçavez assez, et seroit parler latin devant les Cordeliers; mais seulement vous dis grossement ce que j’ay veü et sceü ou ouy dire aux princes que je vous nomme. Vous estes du temps que toutes ces choses sont advenues : parä quoy n'est jà besoing de si
ès justement vous dire les heures ne les saisons.
Comme il me peult sembler, ailleurs ay parlé des occasions qui meürent le duc de Bourgongne d’espouser la sœur du roy Edouard, qui‘ principallement estoit pour se forti-
a. B donne ensemble au lieu de en sens le. — b. Titre en rouge dans D. Suit la miniature n° 7, décrite dans notre Introduction, p. xxi. — c. que font les historiens P. — d. pour P.—e. que P.
1. Cette réflexion montre bien que Commynes sait rendre justice aux qualités du Téméraire. Cf. ci-dessus notre Introduction, p. XVII.
2. Entendez : l’auteur parle par incident (c’est-à-dire par digression).