Gaillart de Durfort, Gascon émigré en Angleterre
2. Il ne faut pas corriger en « desloyauté », comme l'ont fait les anciens éditeurs. B. de Mandrot a bien saisi le sens. Commynes entend : vis-à-vis de Warwick, jamais homme ne tint si grande loyauté (que Wenlock).
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FAUSSE SÉCURITÉ D'ÉDOUARD IV (avril-septembre 1470) 197
fournit d'argent très largement pour la despence de ses gens; et ordonna le bastard de Bourbon, admiral de France, bien accompaigné, pour ayder à garder ces Anglois contre l’armée de mer que avoit le duc de Bourgongne, qui estoit très grosse et telle que nul ne se fust osé trouver en ceste mer au devant de ce navire!; et faisoit la guerre aux subjetz du roy par mer et par terre et se menassoient. Tout cecy advint la saison avant que le roy print Sainct Quentin et Amyens, comme j’ay dit; et fut ladicte prinse de ces deux places l’an mil quatre cens soixante et dix?.
L'armée dudict duc de Bourgongne estoit plus forte par mer que celle du roy et dudict conte ensemble, car il avoit prins au port de l’Escluze largement grosses navires d’Espaigne et de Portugal, deux navirese3 de Gennes, plusieurs hurquesd44 d’Almaigne. Le roy Edouard n’estoit point homme de grant ordre, mais fort beau prince, plus que nul que j’aye veü jamais en ce temps là, et très vaillant5. Il ne se soucyoit point tant de la descente dudit conte comme faisoit ledict duc de Bourgongne, lequel sentoit des mouvemens par Angleterre en faveur dudict conte de Warvic et en advertissoit souvent le roy Edouard. Mais il n’avoit nulle craincte, qui me semble une très grande espesse de: follie, de ne craindre son ennemy ne vouloir croire riens, veü l’appareil qu’il veoyté.
Car le roy y vint à/ tout? ce qu’il avoit et peüt finer de
a. de argent D. — b. À omet très. — c. naves P. — d. hulques P.— e. Les mots très grande espesse de, qui se trouvent dans tous les autres manuscrits, manquent dans D; nous les rétablissons d'après P. — f. arma P, au lieu de y vint à.
1. Le passage dut s’effectuer le 9 septembre. On trouvera les références et les détails dans l’ouvrage sur Louis XI et l’Angleterre annoncé ci-dessus, p. 44, n. 2.
. Voir plus haut, p. 178.
. Ici au sens de « nefs », vaisseaux de haut bord. . Les « hurques » sont des navires à fond plat.
. Cf. ce que dit de lui Commynes, p. 203.
. Les faits confirment la critique de Commynes. . C'est-à-dire : avec tout.
SJ DUB D
198 COMMYNES A CALAIS (septembre 1470)
navires et mist largement gens dedans!. Il avoit faict le mariage du prince de Galles avecques la seconde fille dudict conte de Warvic?. Ledict prince estoit seul filz du roy Henry d'Angleterre, lequel estoit encores vif et prisonnier en la tour de Londres, et tout ce mesnaige3 estoit prest à descendre en Angleterre. C’estoit estrange mariage, avoir deffaict et destruict le père dudict prince et luy faire espouser sa fille, et puis vouloir entretenir le duc de Clarence, frère du roi opposite, qui bien devoit craindre que ceste lignée de Lenclastre ne revint sur les piedz! Ainsi, les ouvraiges ne se sauroient passer sans dissimulation.
Or jestoye à Callaix pour entretenir monsr de Vaneloc à l’heure de cest appareil; et jusques lors n’entendiz sa dissimulation, qui avoit jà duré trois moys : car je luy requis, veü ces nouvelles qu’il oyoit, qu’il voulsist mectre hors la ville vingt ou trente des serviteurs domestiques dudict conte de Warvic; et que j’estoie asseüré que l’armée du roy avec ledict conte estoit preste à partyr de Normandye, où jà elle estoit; et que, si soudainement il prenoit terre en Angleterre, pourroit venir® mutation à Callaix, à cause des serviteurs dudict conte de Warvic, et qu'il n’en seroit à adventure point le maistre; et luy priay fort que, dès ceste heured, il les meïst dehors. Tousjours le m'avoit accordé, jusques à celle heure dont je parle, qu’il me tira à part et me dist qu’il demourroit bien le maïistre en la ville, mais qu’il me vouloit dire autre chose pour advertir monsr de de Bourgongne : c’estoit qu’il luy conseilloit, s’il vouloit
a. et descendit P. — b. Vaucloe D. — c. par adventure viendroit P. — d. P a heure comme les autres manuscrits. Guerre, dans l'édition B. de Mandrot, est une inadvertance.
1. Sur ces préparatifs, on trouvera toutes les indications dans l'ouvrage annoncé plus haut sur Louis XI et l'Angleterre, ch. vu.