Catherine Neville
y GO gle UNIVERSITY OF WISCONSIN
202 FUITE D'ÉDOUARD IV (29 septembre 1470)
Toutesfois il estoit bon pour son maistre et avoit en ceste armée bien trois mil hommes à cheval, comme luy mesmes m’a compté. Ung autre y avoit, appellé monsr de Scalles1, frère de la femme dudict roy Edouard, et plusieurs bons chevaliers et escuyers, qui tous congneürent que la besongne alloit mal; car les messaiges® rapportèrent ce qui avoit esté dit au roy estret veritable et s’assembloient pour luy venir courre sus.
Dieu voulut tant de bien à ce roy qu'il estoit logé près de la mer, et y ayoit quelque navire qui le suyvoit, menant vivres, et deux hurquesc? de Hollande, navires marchans. Il n'eut autre loisir que de se aller fourrer dedans. Son chambellain demoura ung peu après, qui dist au chef de ses gens et à plusieurs particuliers de cest ost qu’ilz allassent devers les autres, mais qu’il leur prioit que leur voulenté demourast bonne envers le roy et luy; et puis allad dedans la* navire avecques les autres qui estoient prestz à partir.
Leur coustume d’Angleterre est que, quant ilz sont au dessus de la bataille3, ilz ne tuent riens, et par especial du peuple, car chascun quiert leur complaire pour ce qu’ilz sont les plus fortz et si n’en/ mectent nulz à finance. Par? quoy tous ces gens n’eurent nul mal dès que le roy fut departy. Mais encores m’a compté le roy Edouard que, en toutes les batailles qu’il avoit gaingnées, que, dès ce qu’il venoit au dessus, il montoit à cheval et cryoit que l’on saulvast le peuple et que on tuast les seigneurs, car d’iceulx n’eschappoit nul ou bien peu.
Ainsy fuyt ce roy Edouard, l’an mil quatre cens LXX,
Loc ces deux hurques et ung petit navire sien et quelque sept ou huict cens personnes avecques luy, qui
a. messaigiers P. — b.estoit P.— c. hulques P. — d. s’en alla mettre P. — e. Même leçon dans Det P. — f. et s’ilz ne P. — g. pour P.