XVI INTRODUCTION
ment à Commynes sont, au total, en nombre très restreint!.
Les qualités de l’œuvre sont si séduisantes au point de vue littéraire?, que l’autorité de Commynes a été très vite bien assise. Cette autorité se justifie par une sincérité qui paraît constante, par un goût de l’analyse psychologique qui nous vaut les révélations les plus pénétrantes sur la mentalité des personnages, par un sens du pittoresque capable de donner aux épisodes une fraîcheur de coloris incomparable, enfin par une connaissance directe, étendue, profonde des hommes et des choses. Commynes lui-même est bien de son temps. Son esprit, aussi « subtil » que celui de Louis XI, se meut à travers les intrigues compliquées de ses contemporains : et c’est tout profit pour nous, car il nous donne, par cela même, plus qu'aucun autre témoin, la sen-
contre Bernard de Mandrot. Ce qu’on peut dire seulement, c’est que, se livrant à la spontanéité de ses souvenirs et n’ayant aucun élément d’information ou de contrôle, Commynes laisse parfois échapper des inexactitudes. Pour le surplus, il ne se met guère en peine de précisions chronologiques et se contente aisément d’approximations parfois fort larges.
1. Liv. III, ch. vu, Commynes oublie un instant la date de naissance de Charles VIII et se fie à une impression vague (cf. notre note au texte) lorsqu'il relate l'opposition suscitée en Angleterre par le projet de mariage de Marie de Bourgogne avec Charles de France. Livre VIII, ch. xix, se trouve un passage déconcertant à propos de l’expédition du marquis de Mantoue (cf. également notre note au texte). L’'énormité même de l'erreur apparente de Commynes ferait douter de sa réalité.
2. Nous n’entendons pas étudier ici, dans Commynes, l’écrivain. Bornons-nous à rappeler les hommages les plus célèbres rendus à son talent par Montaigne (Essais, t. II, p. 10), Ronsard (Épitaphe), Bussy et M"° de Sévigné (Lettres, éd. des Grands Écrivains, t. V, p. 495, 498 et 5ot), Sainte-Beuve (Causeries du lundi, 7 janvier 1850). Il nous paraît superflu de renvoyer aux historiens modernes de la littérature française, qui tous ont à s’occuper de Commynes.