LE TÉMOIGNAGE DE COMMYNES XVII
sation exacte du croisement incessant de ces « marchés », de ces « besongnes » dont se tisse la trame de la politique quattrocentiste, aussi bien au pays de Commynes qu’au pays de Machiavel{. Les sentences morales, voire pieuses, dont l’auteur des Mémoires aime à parsemer son développement, n’y contredisent point.
Quant à l’impartialité, il ne nous paraît pas, tout bien pesé, que l’on ait fait à Commynes des reproches fondés2. Il met une sorte de coquetterie à être modéré, fût-ce vis-àvis d’adversaires personnels. Même à l’égard de Charles le Téméraire, il conserve sa sérénité. Tout au plus peut-on estimer qu’il atténue trop volontiers les vices de Louis XI. Pourtant, si l’on veut bien lire soigneusement le portrait qu’il trace de ce princeë, on s’aperçoit que de vives critiques sont finement mêélées aux éloges. C’est faute d’avoir été saisi dans ses nuances que ce portrait a trop souvent passé pour un panégyrique. À vrai dire, si Commynes a voilé ses
1. Sainte-Beuve, dans l’article cité à la note précédente, appelle Commynes, non sans quelque abus (B. de Mandrot, éd., introduction, p. xcv), un Machiavel « en douceur ». Bourrilly (loc. cit., p. 117) est plus équitable en voyant dans Commyÿnes un politique « réaliste », mais non « machiavélique ».
2. Boislisle (Étienne de Vesc, p. 30) accuse Commynes d’injustice envers Charles VIII et (ibid., p. 33 et suiv.) de jalousie envers Vesc. Sur ces reproches, auxquels nous ne souscrivons pas, voir nos notes sous les passages incriminés du livre VI, ch. vr. A. Brachet (Pathologie mentale des rois de France, Paris, 1903, t. I, p. Lxxxiv) s'attaque à Commynes à propos de la mission du sire de Contay en mars 1476, mais commet lui-même une confusion qui ruine son appréciation, comme le montre notre note sous le passage, livre V, ch. n. Le même critique ne nous paraît pas plus heureux à propos de la santé de Louis XI, op. cit., p. xix et suiv. H. Stein (Charles de France, p. vu) a été mal inspiré de prendre à sa charge ces griefs sans plus d'examen.