UTILITÉ DE NÉGOCIER CONTINUELLEMENT 219 B
cevoir. Et pourroient demander ceulx qui liront cest article
les remeddes que je vouldroye qu’ on y donnast et que c'est ,
chose impossible de y pourveoir. Je sçay bien que assez en
y a qui myeulx en sçauroient parler que moy“, mais véez-cy 2,
que je feroye :
Ceulx qui viennent des vrayz amys et où il n’y a point de matière suspessonneuse?, je seroye d’advis qu’on leur feïst bonne chièrec et eussent permission de veoir le prince assez souvent, selon la qualité dont seroit la personne dudict prince. J’entendz qu'il soit saige et honneste, car, quant il est au contraire, le moins le monstrer est le meilleur. Et, quant il le fault veoir, qu’il soit bien vestu et bien informé de ce qu’il doit dire et l’en retirer tost, car l’amitié qui est entre les princes ne dure point tousjours.
Si les ambassadeurs secretz et publicques viennent de par princes où la hayne soit telles comme je l’ay veüe continuelle entre tous* ces seigneurs dont j’ay parlé cy devant, lesquelz j’ay congneüz et hantéz, en nul temps n’y a grand seüreté. Selon mon advis, l’on les doit bien traicter et honorablement recueillir, comme envoyer au devant d’eulx, les faire bien loger et ordonner gens seürs et saiges pour les accompaigner, qui est chose honneste et seüre : car, par là, on scet ceulx qui vont vers eulx et garde-l’on les gens/ malcontens de leur aller porter nouvelles; car en nulle maison tout n’est content. Davantaige, je les vouldroye tost oyr et despescher, car ce me semble très mauvaise chose que de tenir ses ennemys chez soy. De les faire festoier, deffroyer, faire presentz, cela n’est que honneste.
Encores me semble que, quant la guerre seroit ja com- { mancée, si ne doit-l’on rompre nulle praticque ne ouverture ; que on face de paix, car on ne scet l'heure que on a affaire,
a. Passage assez différent dans P : Et pourroient demander ceux qui liroient cest article les remèdes que je y ay veüez. En sçauroient plus que moy; mais véez cy que je feroye. Sauvage donne le même texte que D, que nous suivons, et dont le sens est tout à fait satisfaisant. — b. de soupesson P.— c. P ajoute et privée. — d. et P.— e. P omet tous. — f. P ajoute legiers et.