LES PRÉTENDANTS DE MARIE DE BOURGOGNE
Je vous en veulx monstrer exemple cler. Jamais ne se mena traicté entre les François et Angloys, que le sens des François et leur habilité® ne se monstrast par dessus celleb des Angloys. Et ont les Angloys un mot commun, que autresfois m'ont dit, traictant avecques eulx, c’est que aux batailles qu'ilz ont eu avec les François, tousjours ou le plus souvent y ont eu gaing, mais en tous traictéz qu’ilz ont eu à conduyre avec eulx, qu’ilz y ont° perte et dommaige. Et seürement, ad ce qu’il m’a tousjours semblé, j’ay congneü gens en ce royaume aussi dignes de conduyre ung grant accord que nulz autres que j’aye congneüz en ce monde, et par especial de la nourriture de nostre roy! : car en telles choses fault gens complaisans et qui passent toutes choses et toutes parolles pour venir à la fin de leur matière‘, et telz les vouloit-il*, comme je diz.
J'ay esté ung peu long à parler de ces ambassadeurs et comment on y doit avoir l’œil, mais ce n’a point esté sans cause, car j’ay veü faire tant de tromperies et de mauvaistiéz soubz telz couleurs, que je ne m’en suys peü taire ny
asser à moins’.
Tant fut demené le mariage dont j’ay parlé cy dessus dudict duc de Guyenne et de la fille du duc de Bourgongne, qu’il s’en feït quelque promesse de bouche, et encores quelque mot de lettres. Mais autant en ay-je veü faire avecques le duc Nicolas de Calabre et de Lorraine, filz du duc Jehan de Calabre, dont a esté parlé cy devant?; semblablement avec le duc de Savoye Philbert#, dernier mort;
a. P omet et leur habilité. B. de Mandrot ne signale la présence de ces mots dans aucun manuscrit. Ils sont pourtant dans D. — b. celluy P. — c. ont eu B. — d. de leur maistre P. — e. ilz D. — f. Même leçon dans D et M, tandis que P abrège et donne : que je ne m’en suys sceü passer à moints.
1. Commynes a donc le sentiment, d’ailleurs fort juste, que. l'entourage de Louis XI était riche en bons diplomates.