NÉGOCIATIONS DU ROI ET DU TÉMÉRAIRE
"Et à ceste heure, en faisant ceste armée dont j’ay parlé, vindrent deux ou trois fois devers luy le seigneur de Craon et le chancellier de France, appellé messire Pierre Doriolle{, et, avant cest exploict et ceste mort, secrettement se traicta entre eulx paix final, qui jamais ne s’estoit peü trouver, pour ce que ledict duc vouloit ravoir ces deux villes dessus nommées et le roy ne les vouloit rendre. Or maintenant se y accorda, voyant cest appareil et esperant venir aux fins que vous entendrez.
Les condicions de ceste paix estoient que le roy rendroit audict duc Amyens et Sainct Quentin, dont estoit question, et luy habandonneroit® les contes de Nevers et de Sainct Pol, connestable de France, et toutes leurs terres, pour en faire à son plaisir et les prendre comme siennes, s’il povoit; et ledict duc luy habandonnoïit semblablement les ducz de Bretaigne et de Guyenne et leurs seigneuries pour faire ce qu’il pourroit.
Ceste paix jura le duc de Bourgongne, et estoye present; et aussi la jurèrent le seigneur de Craon et le chancellier de France pour le roy, lesquelz partirent d’avec ledict duc et luy conseillèrent ne rompre point? son armée, mais l’avancer, affin que le roy leur maistre fust plus enclin de bailler promptement la possession des deux places dessus nommées. Et emmenèrent avec eulx ledict Symon de Quingy, pour veoir jurer le roy et confermer ce que avoient faict ses° embassadeurs. La chose se delaya aucuns jours; et cependant survint la mort dessusdicte. Et, pour ce, renvoya
a. abandonnoiïit M et P. — b. point omis par P.— c. ces D. — d. P omet cependant.
1. Pierre d’Oriole. Voir sur lui Ph. Feugère des Forts, dans Positions des thèses de l'Ecole des chartes, 1891. Outre Craon et d'Oriole, il y eut un troisième négociateur, Jean de la Driesche. B. de Mandrot, au t. I de son édition, p. 233-234, a signalé plusieurs textes qui peuvent servir à compléter ici Commynes. Il faut retenir surtout cette phrase d’une lettre de Louis XI (Vaesen, Lettres de Louis XI, t. IV, p. 234) : « En effet, ce ne sont que toutes dissimulacions. »