DISSIMULATION DU TÉMÉRAIRE
requeste du roy, d’aller en Bretaigne, après qu’il auroit veü jurer la paix et receü les lettres de confirmation de ce que les embassadeurs du roy avoient fait et signifier au duc de Bretaigne le contenu de ladicte paix et aussi aux embassadeurs dudict duc de Guyenne, qui estoient là pour en advertir leur maistre, lequel estoit à Bordeaulx ; et le vouloit le roy ainsi pour le plus gros espoventement faire aux Bretons de se veoir ainsi habandonnéz de celuy où estoit leur principalle esperance.
En la compaignie dudict Symon de Quingy y avoit ung chevaucheur d’escuyerie dudict duc, qui avoit nom Henry, et natif de Paris, saige compaignon et bien entendu, lequel avoit une lettre de creance adressant! audict Symon, escripte de la main dudict duc. Mais il avoit commission de ne la bailler point audict Symon, jusques il fust departy d’avec le roy et arrivé à Nantes devers le duc; et à l'heure? luy devoit baïiller ladicte lettre et dire sa creance, qui estoit qu’il deüst dire au duc qu’il n’eust nulle doubte ne craincte que son maistre habandonnast le duc de Guyenne ne luy, mais les secourroit du corps et des biens et que ce qu’il avoit faict, c’estoit pour recouvrer ces deux villes, Amyens et Sainct Quentin, que le roy lui avoit ostées en temps de paix et contre sa promesse.
Et luy devoit dire aussi comme ledict duc, son maistre, envoyeroit de notables embassadeurs devers le roy dès qu’il seroit saisy de ce qu’il demandoit, ce qu’il eust faict sans dificulté, pour luy supplier se vouloir departir de la guerre et entreprinse qu’il avoit contre ces deux ducz et ne se vouloir arrester aux sermens qu’il avoit® faictz : car il n’estoit deliberé de les tenir, non plus qu’il luy avoitétenu le traicté fait devant Paris, que on appelle le traicté de Conflans, ne celuy qu’il jura à Peronne, que longtemps après il avoit
a. faire omis par P. — b. jusques qu'il P. — c. qu'ilz avoient P.— d. que luy auroit P.
1. Pour « adressé », emploi courant au xv* siècle. 2. C’est notre mot « alors ».
ITY OF WISCONSIN