LE COMTE DE SAINT-POL EN PÉRIL
Baudouyn de Launoy!. Pour le temps de lors, on n’avoit accoustumé de mectre feu ny d’ung costé ne d’autre; et print ledict duc son occasion sur cela des feux qu’il mectoit et qu’il avoit mys en ceste saison.
Ainsi se commença à practicquer la manière de deffaire ledict çonnestable. Et du costé du roy en furent ouvertes quelques parolles par gens qui s’adressoient à ceulx qui estoient ennemys dudict connestable, estans au service dudict duc. Et n’avoit point moins de suspicion sur ledict connesable que ledict duc, et chascun le disoit® occasion de la
uerre. Et se conmencèrent à descouvrir toutes parolles et ous traictéz meüz? par luy tant d’ung costé que d’autre et ectre avant sa destruction.
Quelcun pourra demander cy après si le roy ne l’eust sceü faire seul : à quoy je respondz que non; car il estoit justement assiz entre le roy et ledict duc. Il tenoit Sainct Quentin en Vermandoys, grosse ville et forte. Il avoit Ham et Bouhan? et autres très fortes places siennes, toutes près dudict Sainct Quentin, et y povoit mectre gens à toute heure de tel party qu’il luy plaisoit. Il avoit du roy quatre cens hommes d’armes bien payéz, dont luy mesmes estoit commissaire et en faisoit la monstre3, sur quoy il povoit practicquer grant argent : car il ne tenoit point le nombre. Oultre, il avoit, d’estat ordinaire, bien‘ quarante et cinq mil francz, et si prenoit ung escu pour pippe de vin qui passoit
a. M et P ajoutent pour. — b. menéz P.— c. bien omis par D. Nous rétablissons ce mot d’après les autres manuscrits.
1. Baudouin de Lannoy, dit le Bègue, tenait cette seigneurie de sa femme, Adrienne de Berlaimont.