C'est-à-dire : des actes revêtus de leurs sceaux
3. Calmette, Louis XI, Jean II et la révolution catalane, p. 351.
4. Le sens est : il n’est rien de si injurieux à dire qu’il ne dit.
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CONFÉRENCES DE LILLE (novembre 1464) 7
Encores disoit ledict Morvillier qu’il ne povoit penser qui avoit® meu ledict conte de prendre ceste alliance avecques ledict duc de Bretaigne, sinon une pension que le roy luy avoit donné? avec le gouvernement de Normandie que le roy luy avoit ostéc.
Le lendemain, à l'assemblée et en la compagnie des dessusdicts, ledict conte de Charroloys, le genouil en terre sur ung carreau de veloux, parla à son père premier et commença“de ce bastard de Rubempré, disant les causes estre justes et raisonnables de sa prinse et qu'il se monstreroit par procès. Toutesfois, je croy qu’il ne s’en trouva jamais riens, mais estoyent les suspessons grandz!, et le vey delivrer d’une prison où il avoit esté cinq ans. Après ce propos, commença à descharger le duc de Bretaigne et luy aussi, disant qu’il estoit vray que ledict duc de Bretaigne et luy avoyent prins alliance et amitié ensemble et qu'ilz s’estoient faitz frères d’armes, mais en riens n’entendoyent cette alliance au prejudice du roy et de son royaulme, mais pour le servir et soustenir, se besoing en avoit; et que, touchant la pension qui luy avoit esté ostée, que jamais n’en avoit eu que ung quartier montant neuf mil francs?, et que jamais n’avoit requis ladicte pension ne le gouvernement de Normandie; et que moyennant qu’il eust la grace de son père, il se povoit bien passer de tous autres biensfaictz. Et croy
a. que pouvoit avoir P. — b. donnée P. — c. ostée P. — d. premier commença dans l'édition B. de Mandrot. — e. ne P.
1. Commynes a raison de ne pas s’avancer. Il est difficile de dire ce qu’il en fut au vrai de cette affaire du bâtard de Rubempré, qui fit si grand bruit. Cf. Mie Dupont, dans les preuves de son édition, t. III, p. 206 et suiv.; Olivier de la Marche, Mémoires, liv. I, ch. xx, éd. Beaune et d’Arbaumont, t. II, p. 206 et suiv.; Du Clercq, Mémoires, éd. de Reiffenberg, t. IV, p. 66.
2. Olivier de la Marche, Mémoires, liv. I, ch. xxxv, éd. Beaune et d’Arbaumont, t. I, p. 1, affirme que le comte toucha plusieurs termes, et des documents de comptabilité cités par B. de Mandrot dans son édition, t. I, p. 8, n. 3, le confirment.
8 PAROLES MENAÇANTES DU TÉMÉRAIRE (novembre 1464)
bien que, si n’eust esté la craincte de sondict père, qui là estoit present et auquel il adressoit sa parolle, qu’il eust beaucoup plus asprement parlé. La conclusion dudit duc Philippes fut fort humble et saige, suppliant au roy ne vouloir legierement croire contre luy ne son filz et lavoir tousjours en sa bonne grace!.
Après fut apporté le vin et les espices? et prindrent les embassadeurs congié du père et du filz. Et quant ce vint que le conte d’Eu et chancellier eurent prins congié dudit conte de Charroloys, qui estoit assez loing de son père, il dist à l’evesque de Narbonne, qu’il veit le dernier : « Recommandez moy très humblement® à la bone grace du roy, et luy dictes qu’il m’a bien faict laver ici par ce chancellier, mais que, avant qu’il soit ung an, il? s’en repentira. » Ledict evesque de Narbonne feit ce messaige au roy, quand il fut de retour, comme vous entendrez cy après.
Ces parolles engendrèrent grand hayne dudict conte de |Charroloys au roy, avec ce qu'il n’y avoit guères que le roy javoit rachapté les villes de dessus la rivière de Somme, comme Amyens, Abeville, Saint Quentin et autres, baillées par le roy Charles VIIe audict duc Philippe de Bourgongne par le traictié qui fut fait à Arras, pour en joyr par luy et ses hoirs masles, au rachapt de quatre cens mille escus3,
Toutesfois, ledit duc se trouvant en sa vieillesse, furent
a. très humblement en surchage dans D. — b. qu’il P.
1. La version de Commynes se rapproche beaucoup de celle qui figure dans les Dépêches des ambassadeurs milanaïs, éd. B. de Mandrot, t. II, p. 353.
2. La collation s'offre couramment aux ambassadeurs du xv° siècle.
3. Les « villes de la Somme », dont il s’agit ici, avaient et ont toujours eu une importance stratégique de premier ordre. Cédées par Charles VII à Philippe le Bon par le traité d'Arras (21 septembre 1435), elles avaient été rachetées par Louis XI, en vertu d'une clause de ce traité, en septembre 1463. Commynes attribue très justement au duc et surtout à son fils un ardent désir de remettre la main sur ces villes.
CONSIN
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LE DUC DE BOURBON A LILLE (novembre 1464) 9
conduyctz tous ses affaires par monsr de Crouy et de Chimay, frèresi, et autres de leur maison: : reprint son argent du roy et restitua lesdictes terres, dont ledict conte, son filz, fut fort troublé, car c’estoient les frontières et limytes de leurs seigneuries, et y perdoient beaucoup de subjectz, bonnes gens
our la guerre. Il donnoit charge de ceste matière à ceste maison de Crouy; et venant son père, le duc Philippes, à l’extrème vieillesse, dont ja estoit près, il chassa tous lesdictz de Crouy hors du pays de son père, et leur osta toutes les places et choses qu'’ilz tenoyent entre leurs mains.
[CHAPITRE II] [LES DÉBUTS DE LA GUERRE DU BIEN PugLic]
Bien peu de jours après le partement des embassadeurs dessusdicts, vint à Lisle le duc de Bourbonë, Jehan, dernier mort, faignant venir? veoir son oncle, lequel entre toutes les maisons du monde aymoit cette maison de Bourbon. Ce dict duc de Bourbon estoit filz de la seur dudict duc Philippes, laquelles estoit veufve longtemps avoiti, et estoit la
a. B a un blanc après le mot maison. — b. venir manque dans À.
1. Antoine et Jean de Croy, ces favoris de Philippe le Bon, étaient suspects au comte de Charolais. Louis XI avait, en effet, des intelligences avec eux. Chastellain, Chronique, liv. VI, ch. cxxiv, éd. Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 153, a dit à ce sujet : « Estoient les deux freres et le roy comme trois testes en un sac, toujours ensamble; et quanque vouloit les deux le troisieme faisoit. »
2. Sur cette disgrâce, voir Chastellain, ibid., t. V, p. 151 et suiv.; Du Clercq, Mémoires, éd. de Reiffenberg, t. IV, p. 99 et suiv.
3. Le duc Jean de Bourbon était neveu du duc de Bourgogne par sa mère Agnès, sœur de Philippe le Bon.
4. Agnès avait perdu son mari, le duc Charles de Bourbon, le 4 décembre 1456.
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