PROSPÉRITÉ DE LA MAISON DE BOURGOGNE
Îseigneurs en guerre!. L'armée poyoit estre de quatorze cens hommes d’armes mal arméz et mal adroitz, car long temps avoyent esté ces seigneuries en paix, et depuis le traicté d'Arras avoient veu peu de guerre qui eust duré. Et à? mon advis qu’ilz avoyent esté en repoz plus de trente et six ans?, sauf quelques petites guerres contre ceulx de Gand qui n’avoyent guères duré. Les hommes d’armes estoient très fort bien montéz et bien accompaignéz. Car peu en eussiez-vous veu qui n’eussent eu cinq ou six grans chevaulx. D’archiers y povoit-il bien avoir huict ou neuf mille, et quant la monstre fut faicte il y eut plus affaire à les renvoyer que à les appeller, et furent choysiz tous les meilleurs.
Pour lors estoient les subjectz de ceste maison de Bourgongne en grande richesse, à cause de la longue paix qu’ilz avoient eu et pour la bonté du prince soubz qui ilz vivoyent, lequel tailloit peu ses subjectz3. Et me semble que pours lors ses terres se povoient myeulx dire terres de promission que nulles autres seigneuries qui fussent sur la terre. I1z estoient combles de richesses et en grand repoz, ce qu’ilz ne furent oncques puis, et y peult bien avoir vingt et troys ans que cecy commençai. Les despenses et habillemens et d'hommes et de femmes grans et superfluz, les
a. P intercale le mot quelque. — 6. P omet ce mot. B. de Mandrot imprime : Et [est] mon advis.
1. Notamment Philippe de Lalain en personne, qui périt à Montlhéry, comme nous l’apprend un peu plus bas Commynes lui-même.
2. L’advis (c'est-à-dire l'estimation) de Commynes n’est qu'approximatif. Il s’agit de la paix écoulée du traité d’Arras à la guerre du Bien Public, de 1435 à 1465, soit vingt-neuf ans environ, comme le remarque M'°e Dupont dans son édition, t. I, P:. 19, n. 2.