TY OF WISCONSIN
BATAILLE DE MONTLHÉRY (16 juillet 1465) 33
[Ces deux n’avoyent garde de se mordre l’un l’autres.
Estant ainsi ces deux batailles rengées l’une devant l’autre, se tirèrent plusieurs coups de canon qui tuërent des gens d’un costé et d'autre. Nul ne desiroit plus de combattre. Et estoit
personne presente? estoit grant chose et la bonne parolle qu’il tenoyt aux gens d’armes; et croy veritablement, à ce que j'en ay sceu, que, se n’eust esté luy seul, que tout s’en ust fuy!. Aucuns de nostre costé desiroient que on recommençast, et par especial monsr de Hautbourdin, qui disoit qu’il veoit une fille de gens qui s’en fuyoient; et qui eust peu trouver archiers le nombre de cent pour tirer au travers de la haye, tout fust marché de nostre costé.
Estans sur ce propoz et sur ces pensées, et sans nulle escarmouche, survynt l’entrée de la nuyt. Et se retira le roy à Corbueil2, et nous cuydions qu’il se logeast et parcast. D’aventure se mist le feu en ung caque de pouldre, là où le roy avoit esté, et se print à aucunes charrettes et
Eu bende plus grosse que celle du roy. Toutesfois sa.
a. L'un l’autre dans M comme dans D, mots omis par P. — b. presence dans P au lieu de personne presente. La leçon de D est inexactement notée par B. de Mandrot.
Calais. Si le fait rapporté par Commynes et plaisamment commenté par lui est exact, il s’agit de combattants rentrés chez eux sans désemparer, ce qu’exprime bien, du reste, Olivier de la Marche (Mémoires, liv. II, ch. xxxv, éd. Beaune et d’Arbaumont, t. III, p. 14), qui prononce aussi le nom de Lusignan à cette occasion.
1. Maupoint, Journal, éd. G. Fagniez, p. 57, confirme ce rôle joué par Louis XI : « Le roy, ce jour, feist de grandes proeces, tant en raliant les capitaines et gens d’armes par trois reprises, comme en combatant de sa personne, en quoy il eust très grand honneur. » L’ambassadeur milanais Chiozzi dit aussi de Louis XI à Montlhéry : « E dicono se questo non fosse stato che quello giorno, Sua M‘ perdeva il stato suo » (Dépêches des ambassadeurs milanais, éd. B. de Mandrot, t. III, p. 260).
2. Corbeil. Louis XI y arrive le 18 juillet « sur le tart » (Jean de Roye, éd. B. de Mandrot, t. I, p. 68).
Commynes. 3
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tout du long de la grant haye, et cuydions® que ce fussent leurs feuz.
Le conte de Sainct Pol, qui bien sembloit chef de guerre, et monsr de Hautbourdin encores plus, commandèrent que on amenast le charroy au propre lieu, là où nous estions, et
ê que on nous £louyst} et ainsi fut fait. Comme nous estions
‘ là en bataille et ralliéz, revindrent beaucoup des gens du roy qui avoyent chassé, cuydans que tout fust gaigné pour eulx; et furent contrainctz de passer parmy nous. Aucuns en eschappèrent? et le plus se perdirent. De gens de nom, de ceulx du roy, mourut messire Geoffray de Sainct Bellin, le grand seneschal, Flocquet, cappitaine!; du party des Bourguygnons, mourut messire Philippes de Lalain, et de gens à pied et menuz gens, plus que de ceulx du roy, mais de gens de cheval en mourut plus du party du roy. - De prisonniers bons, les gens du roy en eurent des° meilleurs de ceulx qui fuyoient. Des deux partyes y mourut ‘deux mille hommes du‘ moins, et fut la chose bien combat- Itue, et se trouva des deux costéz de gens de bien et de bien lasches. Mais ce fut grant chose, à mon advis, dese rallier sur le champ et estre trois ou quatre heures en cest estat, l’un devant l’autre. Et devoyent bien estimer les deux princes ceulx qui leur tenoyent bonne compaignye à ce besoing. Mais ilz en feirent comme hommes, et non point comme anges. Tel perdit ses offices et estatz pour s’en estre fuy, et furent donnéz à d’autres qui avoyent fuy dix lieues plus loing. Ung de nostre costé perdit auctorité et‘, privé de la
a. cuydoient P.— b. eschappirent P. Ce manuscrit transforme de la même façon assez ordinairement les passés définis de la première conjugaison. Cf. p.42, note a. — c. M a des, comme D; de P. — d. ou P; du dans M comme dans D. — e. B. de Mandrot intercale [fut] qui ne semble pas indispensable et n’est dans aucun manuscrit.
1. Geoffroy de Saint-Belin, Pierre de Brézé, sénéchal de Normandie, Robert de Floques, dit Floquet, maréchal de Normandie. Sur cette triple perte, cf. les Dépêches des ambassadeurs milanais, éd. B. de Mandrot, t. III, p. 244.
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présence de son maistre, ung moys après eut plus d’auctorité que devant.
Clos que nous feusmes de ce charroy, chascun se logea le myeulx qu’il peut. Nous avyons grant nombre de blesséz, et la pluspart fort descouraigéz et espoventéz, craignant que ceulx de Paris avec deux cens hommes d’armes, qu’il y avoit avec eulx, et le mareschal Joachin!, lieutenant du roy en ladicte cité, sortissent et que l’on eust affaire de deux costéz. Comme la nuyt fut toute close, on ordonna cinquante lances pour veoir où le roy estoit logé. Il y en alla par adventure vingt. Il y povoit avoir trois getz d’arc de nostre champ jusques où nous cuydions le roy. Cependant monsr de Charrolois beut et mengea ung peu, et chascun en son endroit, et luy fut adoubée? sa playe qu’il avoit au col®.
Au lieu où il mengea, fallut? oster quatre ou cinq hommes
ors pour luy faire place, et y eut‘ l’on deux boteaux de pailled. En° remuant, ung de ces pouvres gens nudz commença à demander à boire et on luy gecta un peu de tysanne/ en la bouche, de quoy ledict seigneur avoit beu : e cueur lui revint et fut congneu, et estoit ung archier nommé Savarot?) de corps dudict seigneur, fort renommé,
t fut pensé et guery$.
a. à la gorge P. — b. faillit D. Nous restituons d’après P. — c. mit M. — d. pa en surcharge au-dessus de ïille dans D. P ajoute où se seist. — e. Omis par P. — f. ptisanne P et M. C’est ici une vieille forme très correcte; elle était encore usitée par les médecins du commencement du XVII- siècle. — g. Dans D, les deux mots nommé Savarot ont été ajoutés, d’une main différente, au bas de la page, après le mot archier, qui termine la colonne. En ne tenant pas compte de cette addition, le texte primitif porte ung archier de corps dudict seigneur.