Pierre d’Amboise
4. Charles d’Amboise devint, par la suite, notamment gouverneur de l'Ile-de-France, de Champagne et de Bourgogne.
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dessus nomméz, le roy avoit desapointéz et deffaictz de leurs estatz, quant il vint à la couronne, nonobstant qu’ilz
eussent bien servy le roy son père et le royaulme ès con-
questes de Normandye et en plusieurs autres guerres. Mondit seigneur de Charroloys et tous les plus grans de sa compaignye les recueillirent et leur? allèrent au devant et amenèrent leurs personnes loger en la ville d'Estampes, où leur logis estoit faict, et les gens d'armes demourèrent aux champs. En leur compaignie avoit huict cens hommes d'armes de très bonne ëèstoffe, dont il y en avoit très largement de Bretons, qui nouvellement avoyent laissé les ordonnances!, comme icy et ailleurs j’ay dit, qui‘ amandoient bien leur compaignie. De archers et4 autres hommes de guerre arméz de bonnes brigandines? avoit en très grant nombre, et povoient
‘ bien estre six mille hommes à cheval très bien empoint, et
sembloit bien à veoir la compaignie que le duc de Bretaigne fust ung très grant seigneur, car toute ceste compaignie vivoit sur ses coffres.
Le roy qui s’estoit tiré à Corbueil, comme j'ay dit, ne mectoit point en oubly ce qu'il avoit à faire. Il tyra en Normandie pour assembler* des gens et pour peur qu’il n'y eust mutation ou pays, et mist partie de ses gens d’armes ès envyrons de Paris, là où il veoit qu’il estoit necessaire.
Le premier soir que furent arrivéz tous ses seigneurs dessusdictz audict Estampes, se contèrent des nouvelles l’un à l’autre. Les Bretons avoient prins aucuns prisonniers de ceulx qui fuyoient du party du roy, et quant ilz eussent esté ung peu plus avant, ilz eussent prins et desconfit le tiers de l’armée. I1z avoient bien tenu conseil pour envoyer gens dehors, jugeans que les ostz estoient près3; toutesfois au-
a. reunit M. — b. leur omis dans M. — c. qu'ilz P. — d. que archers que P. — e. D porte, par distraction du scribe, assembléz. Nous corrigeons d'après les autres manuscrits.
1. Sur le sens de l'expression, cf. ci-dessus, p. 18, n. 3. 2. Ce mot désigne une petite cotte d'armes.
3. C'est-à-dire : estimant que les armées étaient rapprochées.
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cuns les deslouèrent!. Mais, nonobstant, messire Charles d’Amboise et quelques autres {se misdrent)plus avant que leur armée, pour veoir s’ilz rencontreroient riens et prindrent plusieurs prisonniers, comme ay dit, et de l’artillerie, lesquelz prisonniers leur dirent que pour certain le roy estoit mort? : car ainsi le cuydoient-ilz, parce qu'’ilz s’en estoyent fuyz dès le commencement de la bataille. Les dessusdits rapportèrent les nouvelles à l’ost des Bretons, qui en eurent très grand joye, cuydant que ainsi fust, esperant les biens qui leur fussent advenuz si ledict monsr harles eust esté roy; et tindrent conseil, comme il m'a esté it depuis par ung homme de bien qui estoit present, assaoir comment ilz pourroyent chasser ses Bourgnygnons et ulx en despescher, et estoit l’oppinion d’aucuns et presque e tous que on les destroussast qui pourroit. Ceste joye ne eur dura guères, mais par là povez veoir quelz sont les roulliz® en ce royaulme à toutes mutacions. Pas
RÉ TERRE ne né
Pour revenir à mon propoz de ceste armée d’Estampes, comme tous eussent soupé et qu’il y avoit largement gens se pourmenans par les rues, monsr Charles de France et monsr de Charroloys estoit à une fenestre et parloient eulx deux de très grand affection. En la compaignie des Bretons y avoit ung pouvre homme qui prenoit plaisir à gecter des fusées en l’aer, qui courent parmy les gens quant elles sont tombées et rendent ung peu de flambe, et s'appelloit maistre | Jehan Bouttefeu ou maistre Jehans des Serpens?; lequel | gecta deux ou trois fusées en l’aer, qui coururent parmy les | gens, de quelque maison en hault, que? nul ne l’apperceut.
a. brouilles P. Commynes emploie à plusieurs reprises le mot brouillis au sens d'intrigues, où il le prend ici. — b. P ajoute je ne scay.
. C'est-à-dire : blâmèrent.
2. Dans ce cas, le frère de Louis XI serait devenu roi. Cf. Fe Stein, Charles de France, p. 97.
. C'est-à-dire : afin que.
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s | Une en vint donner contre la croisée de la fenestre où ces h, À | deux princes dessusdictz avoyent les testes, et si près l’un de | q | autre qu’il n’y avoit pas ung pied entre deux. Tout deux se va «, dressèrent et furent esbahiz et se regardoit chascun l’un
. |lautre et engendrèrent* suspection que ce n’eust esté faict A “4 lexpressement pour leur mal faire. Le seigneur de Contay F, AN [vint parler à mondict seigneur de Charroloys, son maistre, et dès qu’il luy eut dit ung mot en l'oreille, descendit en bas et alla faire armer tous les gens de sa maison et les archiers de son corps et autres.
__ Incontinent ledict seigneur de Charroloys dist au duc de %, Berry, qui? semblablement fist armer les archiers de son } corps, et y eut incontinent deux ou trois cens hommes 4. d'armes arméz devant la porte à pied et grand nombre .5 darchiers et serchoit l’on partout dont povoit venir ce ‘£ / feu. Ce povre homme qui l’avoit faict se vint gecter à genoulx devant eulx et leur dict que ç’avoit* esté luy, et en gecta trois ou quatre autres. Et en ce faisant, il osta beaucoup de gens de suspicion que l’on avoit les ungs sur les autres et s’en prist l’on à rire. Chascun s’en alla‘ desarmer et coucher.
L’endemain au matin fut tenu ung très grant et beau conseill, où se trouvèrent tous les seigneurs et leurs principaulx serviteurs, et fut mys en deliberation ce qui estoit de faire. Et comme ilz estoient de plusieurs pièces, et non pas obeissans à ung seul, comme il est bien requis en telles assemblées, aussi eurent-ilz divers propoz, et entre les autres parolles qui furent bien‘ recueillies et nottées, mondit seigneur de Berry, qui estoit fort jeune et n’avoit jamais veu telz exploictz, sembla par ses parolles que ja en fust ennuyé, et allegua la grande quantité de gens blesséz qu’il
a. engendrirent P. Cf. l'observation faite ci-dessus, p. 34, note b. — b. que P.— c. s’avoit D. — d. s’en alla chascun M.— e. M omet ce mot.
1. Cf. H. Stein, Charles de France, p.97, qui signale aussi des conciliabules à Corbeil.
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avoit veu de ceulx de monsr de Charroloys, en monstrant par ses parolles en avoir pitié et usant de ces motz qu’il eust myeulx aymé que ces choses n’eussent jamais esté encommancées® que de veoir desja tant de maulx venuz par luy et? sa cause.
Ces propoz despleurent à monsr de Charroloys et à ses gens, comme je diray cy après. Toutesfois à ce conseil fut conclud que on tireroit devant Paris, pour essayer se on
pourroit reduyre la ville à vouloir entendre au bien de la”
chose publicque du royaulme, pour lequel disoient estre | tous assembléz; et leur sembloit bien que si ceulx[-là]° leur \prestoient l'oreille, que tout le reste des villes de ce royaulme feroient le semblable.
Comme j'ay dit, les parolles dictes par monsr Charles en ce conseil misrent en ceste doubte monsr de Charroloys et ses gens qu’ilz vindrent à dire : « Avez vous ouy parler cest homme? Il se trouve esbahy pour sept ou huict cens hommes qu'il voit blesséz allans par la ville, qui ne luy sont riens ne qu’il ne congnoist. Il s’esbahyroit bien tost si le cas luy touchoit de quelque chose et seroit homme pour appointer! bien legièrement? et nous laisser en la fange. Et pour les anciennes guerres qui ont esté le temps passé entre le roy Charles son père et le duc de Bourgongne mon père, ayséement toutes ces deux partyes se convertiroient# contre nous. Pour quoy est necessaire de se pourveoir d’amys. »
Et, sur ceste seulle ymagination, fut envoyé messire Guillaume de Cluny, prothonotaire, qui est mort depuis evesque de Poictiers#, devers le roy Edouart d'Angleterre, qui pour
a.commencées P.— b.et à dans l'édition Dupont. C'était peutètre, en effet, le véritable texte, et l'expression ainsi restituée est plus correcte. — c. Nous restituons là d'après les autres manuscrits. — d. ceste omis par À et P.
1. Faire un accommodement, sens courant du mot au xv* siècle. 2. Facilement.