Nous dirions : en faveur dudit duc de Lorraine
4. Tel est bien le secret des réponses dilatoires faites par le Téméraire et de son retard à livrer le connétable. Il entendait en finir
90 ARRESTATION ET LIVRAISON DE SAINT-POL (nOV. 1475)
roy l’eust eu, qu'il eust fait plus de faveur audict duc de Lorraine qu'il ne faisoit. Car il estoit informé de la praticque que avoit ce conte de Compobache, mais il ne s’en mectoit point en effort‘!. Et si n’estoit point tenu de laisser faire ledict duc en Lorraine, s’il n’eust voulu, pour plusieurs raisons ?, et avoit largement gens près dudit pays de Lorraine. Ledict duc ne sceüt* prendre Nancy avant le jour qu'il avoit baillé à ses gens pour delivrer ledict connestable. Pour ce, après le jour passé qui leur avoit esté ordonné, executèrent le commandement de leur maistre voluntierse, pour la grant hayne qu’ilz avoient audict connestable, et le baillèrent, à la porte de Peronne, entre les mains du bastard de Bourbon, admiral de France, et de monsr de Sainct-Pierret,
a. mais il ne s'en mesloit M ; mais il ne s’en mesloit point P. — d. peu À ; par P. — c. et voluntiers P.
d’abord avec la Lorraine, sauf, s’il réussissait, à se dire lié par la « sûreté » qu'il avait délivrée, et par conséquent manquer de parole au roi, car, des deux façons, il violait sa foi.
1. Louis XI connaissait la trahison virtuelle du comte de Campobasso, mais n’y aidait pas, du moins pour l'instant. En ne prétant pas assistance à René de Lorraine, il maintenait le duc de Bourgogne dans des dispositions telles qu'il pouvait en espérer la livraison du connétable, nécessaire à l’accomplissement de sa vengeance.
2. La position de Louis XI vis-à-vis du duc de Lorraine était équivoque. Cf. les pièces publiées dans son édition par Lenglet, t. III, p. 419 et 448.
3. Commynes emploie ici le verbe « savoir » au sens de « pouvoir ».
. Parmi les commissaires figuraient aussi Jean Héberge, évêque d’Évreux, et Guillaume de Cerisay, greffier au Pariement de Paris (J. de Roye, éd. B. de Mandrot, t. I, p. 350). L’interpolateur de J. de Roye (Jbid., t. II, p. 346 et suiv.) insère les dernières lettres du connétable au duc et raconte comment fut prise la décision de celui-ci. Au récit de la remise de Saint-Pol aux mains de Saint- Pierre et de ses collègues (Zbid., t. I, p. 350), J. de Roye ajoute : « Et fut pour lors jetté ung proverbe qui est tel que on disoit qu'il y avoit eu guerre en paradis et que saint Pierre avait prins saint Pol. » La malice populaire ne perdait point ses droits.
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EXÉCUTION DE SAINT-POL (19 décembre 1475) 91
qui le menèrent à Paris. Aucuns m'ont dit que, trois heures après, vindrent messaigiers® à diligence, de par ledict duc, pour commander à leurs gens ne baïller point ledict connestable # ; mais il estoit trop tart!.
A Paris fut commencé le procès dudict connestable. Le roy pressoit fort la court?. Il y avoit gens pour la conduictec dudict procès; et fut veü ce que le roy d'Angleterre avoit baillé contre luy, comme avez ouy cy-dessus. Et, finablement, ledict connestable fut condempné à mourir et ses biens confisquéz.
[CHAPITRE XIII
[COMMENT CHARLES LE TÉMÉRAIRE EXPIA SA CONDUITE A L'ÉGARD DE SAINT-POL|
[1. Déloyauté du Téméraire à l'égard de Saint-Poi.] — Ceste delivrance fut bien estrange ; et ne le dys pas pour excuser les faultes dudict connestable ne pour donner charge audict
a. messaiges P. — b. ne le baïller point et avoit faict à Nancy P; qu'il n’eust faict à Nancy B et M. B. de Mandrot attribue à tort cette dernière version à À, au lieu de B. — c. conduict D.
1. Se fondant sur ce que la prise de Nancy est du 30 novembre 1475 et l'ouverture du procès du connétable du 27 du même mois, B. de Mandrot écrit « cet on-dit n'était pas exact » (édition, t. I, P. 337, n. 2); mais seule la version du manuscrit P justifierait ce démenti (ci-dessus, note b), et cette version, étant écartée par la chronologie, doit être rejetée. Il est fort probable que le repentir dont témoigne Commynes a été réel, ou tout au moins il a été simulé, ce qui, pour la critique de son texte, revient au même.
2. Sur ce procès, voir Jean de Roye, éd. B. de Mandrot, t. II, p: 350 et suiv.
3. Si Commynes n'intervint pas dans la procédure poursuivie en Parlement, il fut mêlé à l’un des à-côtés du procès, l'enquête contre Regnault de Velours, qui, du reste, fut condamné à mort {Jean de Roye, éd. B. de Mandrot, t. I, p. 349).