Entendez : jusqu’au point de le faire mourir
140 LE TÉMÉRAIRE TRAHI À SON TOUR (oct.-déc. 1476)
Et fut à l’heure que, après plusieurs dissimulations, il bailla ledict connestable, doubtant que l’armée du roy, qui estoit en Champaigne, ne luy empeschast l’entreprise dudit Nancy®: car le roy le menassoit par ses embassadeurs pour ce que, par leur appointement, le premier des deux qui tiendroit ledict connestable le devoit rendre dedans huict jours après à son compaignon ou le faire mourir. Or avoit ledict duc passé ce terme de beaucoup de jours?, et ceste seulle craincte et ambicion ‘ de Nancy luy fist baiïller ledit connestable, comme avez ouy, tout ainsi* comme, en ce propre lieu de Nancy, il avoit commis ce cryme!, justement” après qu'il eut” remys* lei second siège et fait mourir ledit Sifron’ (lequel il ne voulut ouyr parler, comme homme qui avoit jà l’ouye bouchée et l’entendement troublé), fut en ceste propre place deceü et trahy par celuy dont plus se fyoit et“ par adventure justement payé de sa desserte? pour les cas qu’il avoit commis dudict connestable et par avarice de ladicte ville de Nancy. Mais ce jugement appartient à Dieu et ne le diz pas pour esclarcir seulement mon propoz, mais! pour donner à entendre combien ung bon prince doit fuyr tel vilain tour et desloyaulté, quelque conseil encores qu’on luy en sache donner. Et assez de foiz advient que ceulx qui le conseillent le font
a. empeschast à son emprise M ; à son entreprise P. — b. avoit beaucoup de jours passé ce terme P. — c. avarice P et M. — d. tout ainsi omis par P.— e. ainsi omis par M.— f. injustement B et M. — g. qu'il eut omis par P et M. — h. remist P et M. — i. le omis par P. — j. Sifyon D. — k. ou P. — 1. Les manuscrits autres que D donnent cette phrase différemment : et ne le diz que pour esclarcir mon propos et.
1. Le mot n’est pas trop fort, et l’on ne saurait y voir une exagération de Commynes ou une preuve de partialité au détriment du duc de Bourgogne. Cf. l'appréciation tout aussi sévère de Basin, ci-dessus, p. 92, n. 1.
2. Par « payé de sa desserte », il faut entendre « payé en étant desservi », par conséquent puni par une trahison.
CAMPOBASSO TRAHIT LE TÉMÉRAIRE (oct.-déc. 1476) 141
pour leur complaire et pour ne leur oser“ contredire, à qui il en desplaist bien’, quant le cas est advenu, congnoissant la pugnicion qui en peult advenir tant de Dieu que du monde. Toutesfoiz telz conseilliers vauldroyent mieulx d’estre loing que près?.
Vous avez ouy* comme Dieu en ce monde establit‘ ce conte de Campobache commissaire à faire la vengeance de ce cas du connestable ainsi commis par ledict duc de Bourgongne 4, et au propre lieu et en la propre manière et encores beaucoup plus cruellement. Car tout ainsi que, par dessus le sauf-conduyt et feableté? que avoit en luy ledict connestable, il le livra pour estre mis à mort, tout ainsi par le plus feable de son armée, c’est à dire par celuy en qui plus il se fyoit, fut-il trahy, par celuy, dis-je‘, qu’il avoit recueilly vieil et povre et sans nul party et qu’il avoit souldoyé à cent mil ducatz l’an, dont il payoit ses gens d’armes par sa main‘, et d’autres grans advantaiges qu'il avoit. Et quant il commença ceste marchandise, il s’en alloit en Italie avec quarante mil ducatz contans, qu'il avoit receüz pour imprestance, comme dit est, qui est à dire pour mectre sus ses gens d’armes.
Et, pour conduyre ceste trahison’, s’en addressa’ en deux
a. vouloir M. — b. vauldroient estre mieulx loing du prince que préz À ; vauldroient myeulx bien loing d’ung prince que près P.— c. a le monde estably P ; ou le monde establit B ; ou le monde estably M. — d. Les mots commis par ledict duc de Bourgogne ne se trouvent qu'en D. — e. Les manuscrits autres que D simplifient : plus cruellement, car il trahissoit celluy qui l’avoit recueilly. L’exemplaire vieil de Sauvage portait le même texte que D. — f. Les mots pour conduyre ceste trahison manquent ailleurs que dans D. — g. et s’adressa M.
1. Entendez : et il leur en déplaît bien (c’est-à-dire qu'ils en ont regret).