‹ Mémoires éditésChapitre 165 sur 379 · RÉFLEXIONS SUR LE TÉMÉRAIRE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LE TÉMÉRAIRE

grand reverence et de grans personnaiges ; et, à ceste dernière heure, luy estoient passéz ses honneuis. Et perit, luy et sa maison, comme j’ay dit, au lieu où il avoit, par avarice, consenty de baïller le connestable, et peu de temps après. Dieu luy vueille pardonner ses pechéz!

Je l’ay veü grant et honorable prince et autant estimé et requis de ses voisins, ung temps a esté, que nul prince de la crestienté ou, par adventure, plus. Je n’ay veü nulle occasion par quoy plus tost peüst avoir encouru l’ire de Dieu, que de ce! que, toutes les graces et honneurs qu'il avoit receües en ce monde, les estimoit toutes procedées* de son sens et de sa vertu, sans les attribuer à Dieu, comme il devoit. Car, à la vérité, il avoit de bonnes partz et vertueuses en luy ?.

Nul prince ne le passa jamais de desirer nourrir grandz gens et de les tenir bien reiglézi. Ses biensfaictz n’estoient point fort grandz, pour ce qu’il vouloit que chascun s’en sentist. Jamais nul plus liberallement ne donna audience à ses serviteurs et subgectz. Pour le temps que je l’ay congneü, point n’estoit cruel; mais il le” devint avant sa mort, qui estoit mauvais signe de longue durée. Il estoit fort pompeux ° en habillemens et en toutes autres choses, et ung peu trop. 11 portoit fort grant honneur aux embassadeurs et gens estrangiers ; ils estoient bien fort festoiéz et recueilliz chez luy 6. I] desiroit grant gloire, qui estoit ce qui plus le mectoit en ces guerres? que nulle autre chose, et eust bien voulu resembler *

a. proceder B.— b.le omis par P.—c. propre 4.— d.sembla M.

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