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Entendez : il ne laissa pas paraître son sentiment

184 LOUIS XI A ARRAS (4 mars 1477)

feïssent faire ouverture, par ledit seigneur des Cordes, de la cité d'Arras : car lors y avoit muraille et fossé: entre la ville d'Arras et la cité et portes fermans contre ladicte cité, et maintenant est à l’opposite, car la cité ferme contre la ville. Après plusieurs remonstrances faictes ausditz embassadeurs et que ce seroit pour le myeulx et? que plus ayséement on viendroit à paix en faisant ceste obeissance, ilz se y consentirent, et principallement lesdictz chancellier et seigneur de Humbercourt. Et baillèrent lettres de descharge audit seigneur des Cordes et consentement de bailler ladicte cité d'Arras, ce qu’il feït voulentiers. Dès ce que le roy fut dedans!, il feït faire boullevartz de terre contre la porte et autres endroitz près de la ville; et, par cest appointement, monsr des Cordes se tira hors de la ville et en fist saïllir ses° gens de guerre, estans avecques luy, et s’en alla chascun à son plaisir et prenant tel party qu'il leur plaisoit.

[2.] Comment le roy retira en son service mons' des Cordes et comme, par son moyen, il recouvra les villes d'Arras, Hedin et Boulongne 4. — Ledit seigneur des Cordes, se tenant à deschargé du service de sa maistresse par ce consentement que avoient baïllé ces embassadeurs qu'il mist le roy dedans ladicte cité d'Arras, se° delibera de faire le serment au roy et de devenir son serviteur ?, considerant que son nom et ses armes estoient deçà la Somme, près de Beauvais; car il a nom messire Philippes de Crevecueur, frère second du seigneur de Crevecueur . Et aussi ces terres que la maison de

a. fosséz et murailles M. — b. et omis par D. — c. les P. — d. Titre en rouge dans D. — e. se omis par P.

1. Il faut distinguer à Arras, comme vient de l'expliquer Commynes, la « cité » et la « ville ». Louis XI entra dans la cité le 4 mars 1477, et la ville ne fut rendue que le 4 mai.

2. Philippe de Crèvecœur, transfuge du parti bourguignon, fut dégradé le 8 mai 1481 par le chapitre de la Toison d'Or. Cf. Mle Dupont, au t. II de son édition, p. 100, n. 3.

3. Crèvecœur, arr. de Clermont (Oise). Philippe de Crèvecœur,

CRÈVECŒUR RALLIÉ AU ROI (avril-mai 1477) 185

Bourgongne avoit occupé sur la rivière de Somme, dont assez ay parlé, vivans les ducz Philippes et Charles, revenoyent sans nulle difficulté au roy par les condicions du traicté d’Arras, par lequel elles furent baïllées au duc Philippes pour luy et ses hoirs masles seulement, et le duc Charles ne laissa que ceste fille dont j’ay parlé. Et ainsi ledict messire Philippes de Crevecueur devenoit homme du roy sans difficulté. Par“ quoy n’eust sceü mesprendre à se mectre au service du roy, s’il n’avoit faict serment de nouveau à ladicte damoyselle et en luy rendant ce qu’il tenoit du sien. Il s’en est parlé et parlera en diverse façon, par quoy m'en rapporte à ce qu’il en est !. Bien sçay qu'il avoit esté nourry et accreü et mys en grant estat par le duc Charles et que sa mère avoit nourry en partye ladicte damoyselle de Bourgongne et qu'il estoit gouverneur de Picardye, seneschal de Ponthieu, cappitaine du Crotoy, gouverneur de Peronne, Roye et Mondidier, cappitaine de Boulongne et de Hedyn*, de par le duc Charles, quant il mourut, et encores de present le tient de par le roy en la forme et manière que le roy nostre maistre les luy bailla.

a. pour P.

seigneur d’Esquerdes, était le demi-frère d'Antoine de Crèvecœur. Celui-ci était fils de Jacques de Crèvecœur et de Bonne de la Viefville, sa première femme ; Philippe était né du second mariage de Jacques et avait pour mère Marguerite de la Trémoiïlle.

1. On comprend que Commynes se sente gêné pour parler d’une défection qui est de nature à rappeler la sienne, quoique les circonstances soient visiblement plus graves dans le cas du sire d’Esquerdes. Molinet excuse d’Esquerdes (Chroniques, éd. Buchon, t. IL, p. 61), séduit par « la parole » du roi, qu’il compare à la « seraine » (la sirène) dans un passage souvent cité pour caractériser la manière enjôleuse de Louis XI.

2. Comme le fait observer B. de Mandrot, au t. I de son édition, P. 417, n. 3, Philippe de Crèvecœur avait reçu la capitainerie et le château de Hesdin par commission de Marie de Bourgogne, en même temps qu’elle lui avait confirmé les états et offices qu'il tenait de Charles le Téméraire.

186 LOUIS XI A HESDIN ET BOULOGNE (avril 1477)

Après que le roy eut faict en la cité d'Arras comme je vous ay dit, il partit de là et alla mectre le siège devant Hedyn!, où il mena ledict seigneur des Cordes, lequel avoit tenu la place, comme dit est, n’y avoit que troys jours, et encores y estoient ses gens qui monstrèrent la vouloir tenir pour ladicte damoyselle, disant luy avoir faict* le serment, et tyra l'artillerie quelque jour ?. Ilz ouyrent parler leur maistre (et à la verité ceulx de dedans et de dehors se entendoyent bien), et ainsi ladicte place fut baiïllée au roy, lequel s’en alla devant Boulongne ?, où il en fut faict tout ainsy. Ilz tindrent, par adventure, ung jour davantaige. Toutesfois, ceste habilité estoit dangereuse, s’il y eust gens * au pays. Et le roy, qui depuis le me conta, l’entendoit bien, car il y avoit gens dedans Boulongne qui congnoissoient bien let cas, et travaillèrent d’y mectre des gens s’ilz en eussent peü finer à temps, et la deffendre à bon escient.

Cependant que le roy sejournoit devant Boulongne, qui fut par l’espace de‘ cinq ou de six jours, ceulx d’Arrast se tindrent pour deceüz de se voir ainsi enclos de costé et d'autre‘, où il y avoit largement gens d'armes et grant nombre d'artillerie, et travailloient de trouver gens pour garnir leur ville, et en escrivoyent aux villes voysines, comme Lisle/ et Douay. Audict lieu de Douay y avoit quelque peu de gens de cheval; entre les autres y estoit le seigneur de Vergy ÿ et autres, dont ne me souvient. Et estoyent de ceulx

a. faict omis par P.— b. quelques jours M.— c.ce P.—d.peu d'espace comme de À, B, M et P.— e. du costé de l’autre B; du cousté de la cité P. — f. à Lisle M.

1. Louis XI, arrivé le 7 avril devant Hesdin, obtint le lendemain, « environ une heure de midi », la reddition du château (Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. VI, p. 151-152).

2. Boulogne fut rendue entre le 14 et le 20 avril (Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. VI, p. 157).

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