Guillaume de Vergy
OPÉRATIONS EN ARTOIS (avril 1477) 187
qui revenoyent de ceste bataille de Nancy. Lesquelz deliberèrent de soy* venir mettre en ladicte ville d’Arras ; et feïrent amas! de ce qu'ilz povoient, comme de deux ou troys cens chevaulx, que bons que mauvais, et cinq ou six cens hommes de pied. Ceulx de Douay, qui en ce temps là estoient encores ung petit? orguilleux, les pressèrent de partir à plain midy, voulsissent ou non* : qui fut une grant follye pour eulx, et? mal leur en print. Car le pays delà Arras est plain comme la main, et y a environ cinq lieues. Et s’ilz eussent attendu la nuyct, ilz eussent executé leur entreprise comme ilz entendoient.
Comme ilz furent en chemyn, ceulx qui estoient demouréz en la cité, comme le seigneur du Lude, Jehan du Fou, les gens du mareschal de Loheac, furent advertiz de leur venue et se deliberèrent de plus tost aller au devant et mectre tout à l'aventure que de les laisser entrer en ladicte ville, car il leur sembloit qu'’ilz ne sçauroyent defendre ladicte ville s’ilz n’y entroyent'.
L'entreprise de ceulx que j’ay dit‘ estoit bien perilleuse, mais ilzd l’executèrent hardyement et destroussèrent*‘ ceste bande qui estoit partye de Douay. Et furent presque tous mortz ou prins ; et, entre les autres, fut prins ledict seigneur de Vergy. Le roy y arriva le lendemain, qui eut grant joye
a. se P.— b. et aussi M.— c. je diz P. — d. l’ omis par: P. — e. et bien destroussèrent P.
. Entendez : un corps de troupes.
. C'est-à-dire : un peu.
. C'est-à-dire : qu'ils le voulussent ou non (bon gré, mal gré).
. Entendez : ce qui.
. C'est-à-dire : plan (sens étymologique du latin planum).
. Le sens est : ils décidèrent d’aller de préférence au-devant et de tout risquer.
7. Commynes veut dire que le sire du Lude et les autres chefs de l’armée royale craignaient de ne pouvoir se rendre maîtres de la ville d'Arras s’ils y laissaient entrer le sire de Vergy et ses Bourguignons.
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de ceste aventure“, et fit mectre tous les prisonniers en sa main. Plusieurs en fist mourir de ces gens de pied, esperant espoventer ce peu de gens de guerre qu'il y avoit en ce quartier !. Il fit long temps garder monsr de Vergy, lequel ne voulut faire le serment au roy pour chose du monde ; si estoit-il en estroite garde et bien enferré. A la fin, luy? conseillé de sa mère? et après avoir esté ung an en prison et plus, feït le bon plaisir du roy, dont il fist‘ que saige#. Le roy luy restitua toutes ses terres et toutes celles qu’il querelloit ‘ et le feït possesseur de plus de dix mil livres de rente et autres beaulx estatzÿ.
Ceulx qui eschappèrent de ceste destrousse entrèrent en la ville, qui estoient peuf. Le roy fist approcher son artillerie et tyrer, laquelle estoit puissante et en grant nombre. Le fossé ny la murailleé ne valloyent guères. La batterie? fut grande, et furent tous espoventéz ;etn’avoyent comme point $ de gens de guerre dedans. Monseigneur des Cordes y avoit bonne intelligence ; et aussi de‘ ce que® le roy tenoit la cité la ville ne luy povoit eschapper. Par/ quoy firent une composition ? en rendant la ville, laquelle fut assez mal tenue,
a. B.et M. donnent couverture. — b. luy omis par P. — c. feut P, faute évidente, maintenue par B. de Mandrot en désaccord avec les éditeurs antérieurs. — d. le foussé ne murailles P. — e. des A.—}f. pour P.— g. À et P ajoutent bonne.
1. Ces exécutions sont confirmées par les lettres de Louis XI au seigneur de Bressuire, Hesdin, 20 avril (Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. VI, p. 157), et par Molinet (Chroniques, éd. Buchon, t. II, p. 24).
2. Celui-ci étant conseillé par sa mère — autrement dit : suivant le conseil que lui avait donné sa mère.