LA JUSTICE S’IMPOSE A TOUS
son vray et bon essient (comme dit est dessus) voulsist riens retenir de son subgect ou subgectz ny d’autres personnes quelzconques, soit son prochain voysin ou autre ou qui‘ voulsist faire mourir nul à tort indeüement et contre raison ne le tenir en prison ne oster aux ungs pour enrichir les autres (qui est plus commun mestier qu'ils facent) ne procurer choses deshonnestes contre leurs parens et serviteurs pour leurs plaisirs, comme pour femmes ou cas semblables? — Par ma foy, non! ne il n’est pas creable #1, S’ilzc avoyent donques ferme foy et que ilz creüssent ce que Dieu et l'Eglise nous commande sur peine de damnation, congnoissans leurs jours estre si briefz, les peines d'enfer estre si horribles et sans nulle fin ne remission, seroyent-ilz ce qu'ilz sont? IL fault conclure que non, et que tous les maulx viennent de faulte de foy.
Et, pour exemple, quant un roy ou ung prince est prisonnier et qu’il a paour de mourir en prison, a-il riens si cher au monde qu'il ne baïllast pour sortir? Il baïlle le sien et celuy de ses subgectz, comme vous avez veü du roy Jehan de France, prins par le prince de Galles à la bataille de Poictiers, qui paya trois millions de frans et baïlla toute Acquictaine, au moins ce qu'il en tenoit, et assez d’autres citéz, villes et places, comme le tiers du royaume ?, et mist ceroyaumeensi
a. La phrase est un peu différente dans quelques autres manuscrits. P donne : est-il creable qu'il y eust prince ne princesse au monde ne aultre qui voulsist n’en retenir de son subgect ne de son voisin, ne qui voulsist.. — b. La fin de cette phrase (à partir de la parenthèse) fait défaut dans D. Nous la rétablissons d’après P. Les autres manuscrits ne diffèrent que sur un mot : À, B et M remplacent commun par cornu, qui n’a pas de sens plausible. — c. I ils D, ce qui s'explique par une confusion de l’enlumineur qui a peint un I au lieu de S prévu par le copiste. Il s'agit, en effet, d'une initiale coloriée.