‹ Mémoires éditésChapitre 229 sur 379 · CRITIQUE DU TRAITÉ DE BRÉTIGNY · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU TRAITÉ DE BRÉTIGNY

grant pouvreté qu'il y courut long temps monnoye comme cuyr qui avoit ung petit clou d'argent !. Et tout cecy baïilla ce roy Jehan et son filz, le roy Charles le Saige, pour la delivrance dudict roy Jehan. Et quant ilz ne eussent riens voulu baïiller, si ne l’eussent les Angloys point fait mourir, mais, au pis venir “2, l’eussent mys ? en prison. Et quant ilz l’eussent faict mourir, si n’eust esté la peine semblable à la cent milliesme part‘ de la maindre peine d’enfer 3.

Pourquoy doncques bailloit-il tout ce que j’ay dit et destruysoit ses enfans et son royaume‘, pour ce qu’il croyoit ce qu’il veoyt et qu'il savoit bien que autrement ne seroit delivré!. Maise, par adventure, en commettant les cas pourquoy

a. venu P. — b. tins M; tenu P. — c. partie P. — d. et subjectz de son royaume M; ses enfans de son royaume P. — e. Toute la phrase commençant par Mais fait défaut dans D. Nous rétablissons d'après les autres manuscrits.

1. Le Blanc (Traité historique des monnoyes de France, Paris, 1690, p. 159 et 277); F. de Saulcy (Recueil de documents relatifs à l'histoire des monnaies, t. I, 1879, p. 123-124) et Dieudonné (Manuel de numismatique française, par A. Blanchet et A. Dieudonné, t. II, 1916, p. 30) ont réuni les références diverses relatives à la légende d’une monnaie de cuir à clous d'argent, attribuée soit à Jean le Bon, soit à saint Louis, par une rumeur publique dont Commynes et d’autres auteurs se sont faits les échos et qui semble purement imaginaire ; mais l’origine de la légende demeure incertaine, ainsi que veut bien me le confirmer M. Dieudonné, que je remercie de la communication qu’il a bien voulu me faire à ce sujet.

: Nous disons encore dans le même sens : au pis aller. Cf. p.212, n. 4.

3. Entendez : la moindre peine d'enfer. — Il ne semble pas qu’en faisant la critique du traité de Brétigny Commynes ait une notion bien exacte de la situation telle qu’elle était en 1360. Les clauses relatives à la rançon de Jean le Bon ne peuvent s’abstraire de l’ensemble du traité, que le régent Charles conclut au mieux des intérêts de la France, alors incapable de poursuivre la guerre. Mais, avec le recul du temps, les lourdes clauses financières du traité restaient seules dans la mémoire des hommes de la génération de notre auteur, et on n’en apercevait d'autre explication qu’un égoïsme personnel.

4. Commynes attribue à Jean le Bon une mentalité de pure fan-

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